Retour sur lectures

Le chien, cet animal qui nous échappe

                              Audrey Ventura

 

     Il fait le « buzz » dans les publications Facebook qui apparaissent sur ma page, et, à lire le sommaire partagé sur celle du Restaurant des poilus carnivores, j’ai pensé qu’il valait le coup d’œil avec ces titres clairement accrocheurs comme « l’éthologie contre l’anthropomorphisme, la sécurisation contre l’anxiété » ou « le loup, l’homme et le chien : le rebelle, le maître et l’aliéné » - une belle façon de parler à une ex-littéraire ! Je l’ai donc commandé rapidement.

     C’est un livre que j'ai terminé très vite (moins de deux jours) et qui m’a légèrement laissée frustrée car je n’ai rien appris en soi – mais c’est plutôt bon signe, j’imagine. C’est surtout un ouvrage que j’aurais presque pu écrire moi-même car je partage largement la philosophie de pensée et d’éducation exposée.

 

     Cet écrit a de nombreux points forts :

LISIBILITE

  • il est très accessible, même aux personnes ayant leur premier chien. Il n’y a rien de complexe dans les concepts ; on s’intéresse au fonctionnement du chien, à ses besoins, de manière à éviter les erreurs humaines qui conduisent à des échecs en matière éducative. Il n’y a que des arguments bienveillants pour guider le couple humain-chien et les conduire vers une relation saine.

  • le découpage en courts chapitres thématiques permet à l’œuvre d’être mise entre les mains de n’importe qui, même si cette personne est fâchée avec la lecture. D’ailleurs, la lecture linéaire n’est pas obligatoire ; on peut aller directement vers ce qui nous intéresse.

 

CONTENU sur la RELATION humain/chien

  • l’accent mis sur la nécessité de promener son chien en liberté : Audrey Ventura déconseille elle aussi la laisse aux chiots – qui n’en ont pas besoin – et montre parfaitement à quel point la balade en laisse courte est totalement inintéressante, voire carrément frustrante et néfaste, pour le chien, même si elle est très régulière. Super parallèle fait entre le chien contraint de marcher au rythme de son humain et d’un adulte devant tenir la main d’un enfant de deux ans sur des kilomètres.

  • l’auteure prône le dosage intelligent des activités, quelles qu’elles soient, sans en interdire une ni en prôner une autre (même si l’accent est mis sur le besoin d’activité cognitive, nettement plus enrichissante que les activités physiques). A l’heure où on crie au scandale concernant les activités de lancer (balle, frisbee…) ou même sur les disciplines comme l’agility, l’obéissance, le flyball etc ., c’est agréable de tomber sur un propos plus mesuré, insistant sur le fait que c’est l’excès et la non-gérance d’une activité par l’humain qui cause des problèmes aux chiens, pas l’activité en elle-même.

  • un chapitre sur l’incompatibilité des besoins du chien et des exigences humaines reflétant totalement ma pensée et mon argumentaire lors des premières séances d’éducation : on retrouve l’idée que l’humain en demande trop, trop vite, d’une façon inappropriée et peu intéressante pour le chien, sans prendre le temps de se demander si son animal, lui, est réellement respecté dans ses besoins, ce qui mène forcément à la difficulté, possiblement à la catastrophe. On trouvera un renversement de situation très pertinent au chapitre sur « Tina et Mina » : Tina est une ado qu’on imagine et dépeint dans une société complètement inadaptée à son mode de fonctionnement « normal », lui imposant de se soumettre à un mode de vie qu’elle ne comprend pas, malgré sa bonne volonté, ce qui permet le parallèle avec Mina la chienne, qui vit exactement la même chose par rapport au rythme de vie imposé par l’humain, au confort anthropomorphique, aux repas ennuyeux, aux sorties frustrantes…

  • l’idée (partagée, encore) que la qualité d’une relation avec son chien ne dépend pas du temps qu’on passe avec l’animal mais bien de la qualité des interactions : un chien qui a son humain constamment à disposition mais sans jamais rien partager de concret/plaisant n’a pas de relation avec lui, tandis qu’une personne, même absente 8h par jour, qui promène, enseigne, joue, câline quand il faut, bref respecte son chien, a, elle, une vraie relation avec son quatre pattes.

  • la mise en avant logique de la relation, de l’éducation, contre-pied du dressage et de l’obéissance (tiens, ça doit vous rappeler un certain post ;) )

 

AUTRES « DETAILS » EDUCATIFS

  • la prédation (vue comme la chasse en général) très bien expliquée, avec un exemple de rééducation sur ce point, au sujet de la propre chienne de l’auteure qui insiste sur le fait que JAMAIS on ne vient réellement à bout d’une patron moteur, qu’on apprend seulement à le gérer, à vivre avec. La prédation se repère, se contourne, se redirige ; elle ne disparaît pas.

  • l’importance de choisir un bon élevage, de se détourner des vendeurs de chiens + des conseils simples et précis pour choisir et écarter les élevages peu recommandables.

  • le doigt pointé sur le fait que le chien aurait besoin de missions pour être récompensé et s'épanouir, ce que nous ne respectons pas en les nourrissant toujours avec le même aliment, à la même heure, au même endroit (et j'ajouterai : en donnant des biscuits et autres gratuitement)

  • chapitre intéressant sur « l’homosexualité » du chien (ça, je n'avais jamais lu, encore)

  • de bons arguments, exposés de manière concise, en faveur du raw feeding pour démonter les principales idées reçues.

 

     Vraiment, il y a de quoi faire !

 

     J’apporterai quelques nuances personnelles tout de même (sinon ce ne serait pas une critique constructive) :

  • ce n’est pas le plus important, mais quelques fautes gâchent un rien l’ensemble, tandis que les clichés en noir et blanc n’apparaissent pas de très bonne qualité et ne servent pas vraiment le propos de la rédactrice, à mon sens ; on dirait qu’on s’est sentis obligés de mettre des photos de chiens dans un livre sur les chiens, finalement (cela s’explique par le choix de l’auteure de faire figurer des photos de clients, ce qui reste un bel hommage).

  • n’espérez pas avoir des conseils précis en matière d’éducation (sur comment obtenir tel ou tel comportement, comment gérer tel comportement etc.), ni pour démarrer, ni pour progresser ; ce n’est pas du tout l’ambition du livre qui recherche seulement à mieux faire comprendre le chien, dans l’intérêt des deux parties.

  • Audrey Ventura prône clairement l’alimentation BARF tout au long de son livre et tape sur les doigts des croquettes, rangées toutes dans le même panier : pour résumé, c’est un aliment industriel, inadapté, insipide, monotone, donc dangereux pour la santé physique et mental du chien (qui éthologiquement passe le plus clair de sa vie à rechercher sa nourriture, c'est vrai). J’ai beau moi-même nourrir mes chiens selon la méthode recommandée puisque jugée beaucoup plus naturelle et adaptée à l’éthologie du canidé, je trouve le discours quelque peu catégorique, car, même si ce n’est sûrement pas l’idéal, il existe tout de même des croquettes acceptables (et des moyens d’enrichir le quotidien alimentaire du chien par leur biais, d'ailleurs). Et pour le coup, plutôt que de se lancer dans un BARF mal fait, déséquilibré, trop peu varié, sans légumes ou autre, je préfère personnellement qu’on en reste à la croquette – à condition de bien la choisir. Il n’y a qu’une petite phrase, un peu noyée dans un paragraphe, pour conseiller aux personnes désireuses de se lancer de bien se renseigner et de se faire encadrer pour ne pas faire de bêtises avec les ratios viande/os/abats/poissons. Par ailleurs, il n’est fait aucune allusion à la possibilité d’une ration ménagère, qui, c’est vrai, est moins « naturelle » car elle ne contiendra pas d’os ou d’abats (tandis qu’une proie en contient forcément), mais qui reste une alternative de meilleure qualité que les croquettes et qui pourrait rassurer des personnes angoissées à l’idée de mal doser (un complément de minéraux et vitamines obligatoire assure l’équilibre des repas avec ce type d’alimentation) ou de donner des os à leur animal.

  • l’auteure est personnellement contre la stérilisation mâle et femelle et énumère les arguments en faveur de son propos, basés, certes, sur des études réelles, mais en éludant celles qui pourraient aller contre cet avis (pour avoir été en formation avec un vétérinaire comportementaliste dernièrement, lequel a justement lui aussi parlé des études publiées par Joël Dehasse auxquelles Audrey Ventura fait référence, elles existent et pourraient amener à nuancer). Et même en admettant que les arguments comportementaux (= la stérilisation a peu d’incidence sur les problématiques comportementales, ou en négatif, et sur ce plan, je suis parfaitement d’accord), médicaux (= la stérilisation amène plus de dérèglements graves qu’elles n’apportent de bénéfices ; à prendre avec des pincettes, si elle est faite après la puberté) et sociétaux (la stérilisation comme moyen de réguler les abandons est discutable, selon elle), elle fait prévaloir l’argument éthique pour exprimer son opinion, c’est-à-dire l’idée qu’un être vivant a droit au respect de son intégrité physique, de son animalité. Et à cela, je réponds : oui mais si on respectait réellement l’animalité du chien, ne le laisserait-on pas exprimer toutes ses pulsions sexuelles envers ses congénères ? Ne le laisserait-on pas se reproduire comme il l’entend ? Logiquement, si, ce qui est inconcevable dans notre société. De ce fait, la question éthique devient : est-il plus moral de brider la sexualité de nos animaux, de contenir leurs pulsions en allant contre quasi-systématiquement, engendrant certainement des frustrations, ou bien est-ce « préférable » de les stériliser dans la mesure où nous les empêcheront de répondre à leur besoin naturel, afin de possiblement les soulager de ce poids ? Je n’ai aucun avis tranché, personnellement, mais je trouve que la question mérite d’être posée.

     En bilan, je dirais que ce livre, très clair et assez complet, vaut le détour, surtout si on projette d’adopter un chien ou si on désire mieux le comprendre, sans trop aller dans le détail néanmoins. Il cherche à amener plus de respect et d’adaptabilité humaine, pour une meilleure relation avec nos chiens, ce qui est non seulement louable mais plutôt bien exécuté, au détour de ces 350 pages.

Penser son éducation autrement,

                              André Escafre

    Premier point important : je ne regrette pas cette lecture qui, pourtant, n'est pas réellement dans la veine éducative que je pratique. A dire vrai, je m'attendais à un livre moins récent (il date de 2007), à la description d'une méthode CONTRE les autres manières d'éduquer, qui ferait surtout obstacle aux moyens coercitifs, moins en vogue aujourd'hui, c'est vrai, mais loin d'être éradiqués. Je ne me suis pas trompée dans le contenu de fond : c'est un vrai livre CONTRE ce qu'on aurait tendance à faire et POUR une autre façon d'aborder le chien, pour une autre communication, une autre compréhension, une autre manière de vivre. Mais l'on ne devrait pas lire cet ouvrage avec l'objectif d'apprendre comment éduquer son chien, de mon ressenti. Il est emprunt d'une philosophie très appréciable, laquelle est martelée au fil des pages (ce qui est moins appréciable), mais n'est pas un manuel d'éducation comme on pourrait éventuellement le penser. Vous n'y trouverez pas de « recettes », pas réellement d'astuces, ni de moyens d'action pour mieux éduquer votre chiot ou chien. Le seul procédé détaillé dans le manuel s'intéresse au franchissement d'un des « appareils » qui existent dans le parc où André Escafre ré-éduquait les (maîtres des) chiens. On vous décrit comment l'inciter à monter, à avancer, les étapes à suivre etc. Mais si M. Escafre parle bien de l'écoute globale du chien, du rappel, des assis/couchés, attends etc., vous ne trouverez rien concernant leurs apprentissages - ce qui est dommage puisque les façons courantes de faire ne seraient pas acceptables. Un second livre était prévu ; peut-être qu'il aurait été plus « pratique » ? Cet ouvrage est davantage un appel à un regard différent posé sur nos animaux, lequel pourrait ou devrait faire changer nos habitudes vis-à-vis d'eux.

 

     En fait, j'ai cru que ces écrits étaient plus vieux car il est énormément question d'une vision du chien que je croyais déjà dépassée en 2007 : on trouve beaucoup de références, que l'on sait aujourd'hui obsolètes, au loup et son fonctionnement de meute. Escafre parle aussi énormément de ce concept de chien dominant, comme si tous ses lecteurs, tous les propriétaires de chiens finalement, étaient encore empreints de cette philosophie.

     Ce que j'ai aimé :

  • Dans son livre, l'éducateur et auteur cherche avant tout à mettre en avant la communication avec l'animal comme individu unique, une écoute des deux parties (car il a raison : nous, humains, voulons souvent que le chien nous écoute mais nous ne prêtons pas attention à ce qu'il nous dit). Je dirais qu'il aide à s'interroger, à se remettre en question dans certaines situations. Pour lui, l'autorité n'est pas quelque chose qui se possède en soi mais qui s'acquiert dans une relation de confiance, comme cela s'établirait entre le vrai chien « dominant » et une meute : cette force tranquille qu'on respecte dans ses choix car elle est fiable et protectrice.

  • J'y ai tout de même glané quelques astuces qu'on utilise plus ou moins consciemment et dont on ne mesure pas les effets, comme le fait d'utiliser le plus souvent un surnom pour l'animal et de n'user de son nom que dans les situations d'urgence, dans l'idée de mieux le marquer, car on rencontre énormément de chiens qui ne réagissent même pas quand l'humain prononce leur nom.

  • J'ai également trouvé fort intéressante l'idée de nuire au développement des chiots en surchauffant leur espace de vie : s'ils ont trop chaud, ils s'écartent les uns des autres et, parce qu'ils se privent ainsi de contacts répétés, les débuts de leur communication tactile sont déjà biaisée.

  • Les propos tenus sur l'apprentissage au mordant sont aussi riches d'informations et montrent bien l'inutilité de la formation du chien à la garde. Escafre décrit comme nous dénaturons les automatismes normaux du chien en lui apprenant à agir différemment (en gardant un objet en se plaçant derrière ou sur lui, par exemple, au lieu de se mettre entre la menace et l'objet), jusqu'à obtenir des chiens qui ne savent agir qu'à l'entraînement, sur les costumes d'homme d'attaque, grâce au conditionnement, mais jamais convenablement en situation.

 

     Cela étant dit, j'ai tiqué à la lecture de certains « constats » ou affirmations, sur divers domaines :

  • L'usage de la nourriture en éducation, uniquement résumé au leurre. L'utilisation de la friandise serait un très mauvais procédé car les acquis s'annuleraient sans répétitions constantes des exercices. Elle rendrait aussi le chien incapable de prendre des initiatives et surtout ne permettrait pas de créer un véritable lien avec lui parce qu'il serait toujours dans le marchandage. Pour l'auteur, le seul moyen de créer un lien est d'être à l'écoute de son chien et de le caresser pour le féliciter – d'ailleurs, le chien préférerait toujours les caresses, source de motivation extrême, car il serait avide de faire plaisir à son humain. Sauf qu'il est très clair pour moi que la caresse n'est en rien une récompense, seulement un vecteur quotidien de lien, d'attachement (il n'y a qu'à compter le nombre de chiens qui se dérobe sous la main ou font immédiatement demi-tour quand l'humain veut les féliciter en les touchant après un rappel, par exemple). De plus, utiliser la nourriture en éducation ne se résume pas à leurrer le chien, bien au contraire : c'est tout l'inverse qu'il faut faire !

  • Le jeu : pour moi, il y a de très bonnes observations sur le jeu non-contrôlé, sur comment l'humain en vient à rendre son animal « hystérique » en l'utilisant, créant ainsi sans le vouloir de plus ou moins graves problèmes comportementaux sur le long terme. Cela fait réfléchir, pour inciter à le supprimer (pour l'auteur) ou à le réguler (mon point de vue). Je suis pour la régulation plus que l'interdiction car, comme pour l'usage de nourriture traité seulement par le cas du leurre, l'auteur ne parle que de jeux qu'on encourage et qu'on laisse dégénérer, semaines après semaines. Il n'est question que de jeux jamais réglementés, jamais canalisés et cela fausse pour moi les propos qu'il tient sur le rôle dévastateur du jeu homme/chien.

  • Un autre détail m'a dérangée concernant le jeu : pour Escafre, il serait une forme de prise d'autorité du chien, une soumission de l'homme face à l'animal qui quémande le jeu, puisque l'humain y répond en lançant l'objet tant que le chien est motivé. Mais étrangement, l'auteur affirme parallèlement qu'un chien qui réclame des caresses devrait toujours en obtenir (sauf demandes pathologiques, hyper-attachement) : l'humain ne se « soumettrait » pas dans ce cas de figure ? On se retrouve face à un propos peu cohérent sur le sujet de la gestion des interactions homme-animal, finalement.

  • La hiérarchie. Pour l'auteur, elle est situationnelle, c'est-à-dire qu'elle va dépendre du contexte et notamment des personnes en présence. Et là... j'ai eu un peu de mal à m'en remettre ^^ Escafre déclare que le chien pourrait donc être « au dessus » en certaines situations ; ça, très bien, cela semble logique, en accord avec les considérations précédentes en tout cas. Mais notez qu'il n'est jamais « au dessus » de son maître, de l'homme, qui reste le premier décideur. Par contre, le chien est « au dessus » de la femme et des enfants, sans quoi il ne pourrait pas les protéger. Ce serait le schéma « normal », souhaitable même. Escafre insiste énormément sur le fait que ses chiens ont toujours agi différemment avec lui et sa femme, expliquant par exemple que lorsqu'un nouveau client arrivait chez eux et été conduit au centre, le chien ne faisait rien de particulier quand André emmenait lui-même la personne, mais qu'il était arrivé au centre avant sa femme et l'inconnu partis en voiture quand elle était seule avec lui. Et ces changements seraient normaux ; sous entendu : l'homme n'a pas besoin de protection mais la femme, si. Bon... Mais j'ai été encore plus gênée au moment du récit de cette femme qui, ayant fait dresser son chien à la garde, se fait agresser et demande à son animal d'attaquer, ce que refuse de faire le chien en se cachant derrière elle. Escafre fait alors parler l'animal qui penserait « ah, tu veux être le chef ? Bah protège-moi maintenant, c'est à toi de le faire », genre « tel est pris qui croyait prendre : tu n'avais qu'à rester à ta place de femme, ma petite dame ». Bon d'accord, cette vision des choses n'est pas directement en lien avec la valeur éducative du manuel, mais ce sexisme est un peu dérangeant, à mon sens. En gros, moi qui vis avec mes trois chiens, je peux mourir si je me fais agresser, parce que je suis le décisionnaire principal de la maison, l'être référent ? Hum, sympathique perspective... Je veux bien qu'il faille que le chien ait appris à être autonome et qu'il ait confiance en lui pour défendre sa tribu, mais je ne crois pas qu'il faille que ce soit lui le décideur de base face à un potentiel danger. Cela me semble même plutôt houleux ; et s'il défendait à mauvais escient ? Attaquait un ami de la famille, méconnu du chien, se penchant sur le bébé par exemple ? Je pense que des êtres qui vivent ensemble se protègent les uns les autres, parce que c'est naturel de prendre soin de son clan. J'ai vu une de mes chiennes défendre l'autre, face à un chien étranger et turbulent. J'ai vu un chien défendre le chat de la maison face à un autre chat. Je ne suis pas sûre que le système hiérarchique ait un impact mesurable dans la défense des êtres d'attachement.

  • La cage de transport utilisée en maison. L'approche me semble un petit peu excessive sur ce point. Elle est condamnée à cause des effets néfastes qu'elle aurait sur nos animaux. Escafre nous décrit un chien replié sur lui-même, apeuré de tout, qui s'y réfugie au moindre problème, voire qui y passe sa journée, léthargique. Mais combien de temps faut-il fermer le chien pour obtenir ces dégâts ? Il convient de noter que les cas observés et décrits concernent des chiens obligés de rester dès petit dans leur boîte, sans jamais explorer la maison ; c'est leur place et ils n'ont pas le droit d'en bouger. Ce sont des chiens que l'on a forcés à se retrancher et à vivre dans un minuscule espace, tant en l'absence qu'en présence du propriétaire ; dans ce cas, de tels comportements sont logiquement attendus. La caisse ou le parc sont des outils éducatifs, pas des prisons : ils s'utilisent à petite dose et ne doivent pas empêcher le chien de découvrir, de s'épanouir.

  • Enfin, d'un point de vue plus littéraire, je trouve que le récit est en partie gâché par un grand nombre de répétitions des concepts et de la philosophie exposée puis rabâchée. C'est très régulièrement que l'auteur revient sur les grands avantages de sa méthode, de son école, comme s'il cherchait à en faire la promotion quand cela ne paraissait pas être le but premier de l'ouvrage. Escafre va jusqu'à faire dialoguer des chiens de son école et ceux-ci vantent les bienfaits de la structure et les manipulations toujours à propos de « Dédé » et du chien régulateur. Oui, les idées sont particulièrement intéressantes, le principe est remarquable car éthique et respectueux, mais je trouve que de le mettre en avant non-stop au fil des pages dessert finalement le propos. J'ai dévoré les cent premières pages en une mâtinée (et ce n'est pas un livre format album) mais en avançant dans ma lecture, j'ai ralenti, du fait de ces martèlements.

 

     Reste que c'était un livre à lire, absolument – en tant qu'éducateur, en tout cas. Et cet homme est à saluer, ne serait-ce que parce qu'il s'est imposé contre son statut de militaire et les méthodes parfois violentes de dressage des chiens utilitaires. Je savais, en me procurant le livre, que je ne serai pas en accord avec toutes les idées. Pourtant, si les méthodes éducatives divergent parfois, la toile de fond reste identique : le respect du chien comme être sensible et communiquant, l'écoute mutuelle et la recherche de symbiose entre l'humain et le chien.

Cliquer pour calmer, Rééduquer le chien agressif ou réactif

                              Emma Parsons

     Un livre court et efficace d'une éducatrice adepte du clicker training pour l'éducation et la rééducation.

     Ayant elle-même dû apprendre à gérer un chien agressif avec ses congénères, après avoir nié le problème de son golden et avoir voulu le résoudre quoi qu'il en coûte (via la coercition proposée par un autre éducateur), l'auteure en est venu au clicker, grâce à un mentor lui ouvrant les yeux sur le fait que l'agression n'est rien d'autre qu'un comportement, sur lequel on peut donc influer. Elle raconte son parcours et donne ses "recettes" (des étapes de progression vers une resocialisation).

      Ce que j'ai apprécié personnellement :

  • Le format clair, aéré, séquencé, pour bien marquer les étapes de travail qui sont largement détaillées. Le livre propose une vraie méthodologie pour avancer pas à pas.

  • La mise en avant du temps nécessaire pour obtenir des progrès notables, à travers son propre exemple. La sincérité d'avouer que cela demande énormément de temps.

  • La description des étapes auxquelles l'humain du chien agressif est confronté, pour mener à la dédramatisation de ces agressions, qui, aussi fortes soient-elles, ne sont que des comportements modulables.

  • Le fait que le clicker ne soit finalement pas seulement un outil pour esquiver le problème. C'était mon impression jusque là, l'idée que de focaliser le chien sur l'humain contourne la réactivité mais ne la règle pas en soi ; le fait de fixer le chien sur l'humain permet à mon sens de gérer le problème sans le résoudre, car il ne remet pas en place une communication correcte avec les congénères. Emma Parsons en passe par les étapes de "concentre toi sur l'humain si tu es mal à l'aise, c'est payant" mais elle va plus loin en indiquant comment tenter une resocialisation au moins partielle via le clicker.

  • Les règles de vie énoncées en début de livre, pour permettre à tout chien de trouver sa place dans la famille sans devenir un problème. Il n'est jamais question de hiérarchie - ce qui est sûrement bien vu que le terme fait largement débat - à proprement parler, mais l'auteure montre comment obtenir facilement l'écoute et la coopération du chien au quotidien, via des principes simples à appliquer chez soi. Cela évite les débordements et construit un animal facile à vivre et qu'on respecte pleinement. Les règles énoncées sont très similaires à celles que je vous conseille de mettre en place après notre première séance.

    

      Les points qui m'ont dérangée, ou plutôt laissée perplexe :

  • L'idée même de la resocialisation via le clicker. J'ai beau comprendre la méthode, les étapes, je reste dubitative à plusieurs niveaux :

1. Comment le chien, dont on éveille forcément l'attention/l'excitation au clicker, pourrait finalement être apaisé par ce son forcément un peu électrisant, à l'idée de la friandise ? Parce que c'est ce que soutien l'auteure qui clame jusque dans le titre qu'on détend par le clic.

Je me souviens, en stage, Julia Deubel, éducatrice elle aussi, expliquait son aversion du clicker, au moins dans ce domaine, via ce schéma tout simple :

Avec le clicker, on amène le chien dans la case en haut à droite, normalement. Et concrètement, plus les émotions ressenties sont intenses, même si elles sont positives initialement, plus le chien a de chance de basculer du côté des sentiments forts mais négatifs en très peu de temps. C'est un fait avéré, logique. En effet, on ne passe pas du calme et bien-être à la dépression en deux minutes et sans raison. En revanche, on peut très bien passer d'une euphorie joviale à la colère en quelques secondes, même l'humain, et c'est particulièrement visible avec les enfants. Avec le clicker, le chien est normalement aux aguets, dans l'attente de sa récompense, et il pourrait très facilement être frustré ou irrité d'être dérangé (dans son travail, son espace) et donc décharger son émotionnel négatif sur son environnement immédiat, c'est-à-dire le chien qui est déjà problématique en soi. En fin de compte, au lieu de travailler sur la banalisation du contact aux congénères, le clicker rajouterait un émotionnel fort autour d'eux.

2. Les réactions du chien à l'entente du "clic" alors qu'il est en interaction avec un congénère. Selon Emma Parsons, le chien réactif ou agressif en rééducation, si les étapes antérieures ont bien été respectées, pourra être cliqué pour une approche polie, en laisse, comme un reniflage d'arrière-main. En théorie, ce chien est donc censé se retourner pour prendre les friandises et recommencer à renifler, calmement, sauf si son humain l'invitait à s'éloigner.

Je dois avouer que je suis sceptique, là aussi. Pour moi, le chien auquel on accorde enfin un contact (sauf sur un réactif par peur éventuellement) aura du mal à décrocher du chien pour s'intéresser à la nourriture, malgré le clicker. Ou à l'inverse, au lieu de prendre calmement des informations, le chien pourrait subir une décharge émotionnelle en entendant le clic tant attendu et risquer de déclencher à ce moment-là, ou bien d'effectivement se détourner mais de se retourner violemment sur l'autre chien si ce dernier avait le malheur de le suivre, même légèrement dans le mouvement. En fait, c'est Guenji qui me fait penser cela. Ma chienne a horreur qu'on entre dans sa bulle quand elle travaille ; donc je me dis que de la cliquer pour ce genre d'action pourrait déclencher chez elle un refus soudain et violent d'interaction après le premier clic.

Je me dis malgré tout qu'il reste possible, vu qu'on est censé commencer le travail avec un chien "ami", que le réactif prenne l'habitude de ne pas décharger sur l'autre, vu qu'il se sent en confiance avec les premiers chiens rencontrés de cette façon.

  • Le clic qui n'entraîne pas la prise de friandise systématique. Quand on commence au clicker, on vous le martèle, clic = récompense, quoi qu'il arrive ! Vous cliquez sans le faire exprès, même si c'est un mauvais comportement ? Tant pis, friandise ! Car le chien doit rester persuadé que ce bruit  lui vaudra TOUJOURS une récompense. Cependant, en début de rééducation, Emma Parsons invite à mettre le chien réactif à une distance qui déclenchera une agression et à cliquer les réactions les plus minimes d'agression, ou les pauses entre les aboiements. Je me suis immédiatement dit "oui mais... jamais le chien dans cet état ne va s'intéresser à la nourriture..." Et l'auteure le confirme, mais apparemment ce ne serait pas grave : on clique, on jette les récompenses et si le chien n'en veut pas, on les ramasse avant de s'en aller à la fin de la session. Le fait qu'un jour, il finisse par les prendre serait justement une grande avancée. Entre temps, on aura donc cliquer des comportements à vide pendant plusieurs minutes, ce qui serait contraire au "règlement de base". Parallèlement, j'ai aussi trouvé étrange de finalement pousser le chien à la faute pour cliquer ; ne cherche-t-on pas justement à renforcer l'absence d'agression ? Pourquoi en passer par cette situation tendue où le chien est débordé et ne peut s'intéresser au clicker ? Il y a sûrement une raison, mais elle n'est pas évoquée.

  • Le clic qui peut entraîner une récompense de tout type, pas seulement alimentaire. Alors oui, pourquoi ne pas faire clic = jeu sur un chien peu gourmand, mais cela va plus loin. De ce que j'ai compris, on nous conseille par exemple de cliquer le chien qui s'assoit devant la porte pour demander à sortir et de lui ouvrir la porte comme récompense. Le problème, pour moi, ce n'est pas que le chien ne soit pas récompensé alimentairement ici, car il l'est par la porte qui s'ouvre et lui laisse accès à l'extérieur. On a donc bien clic = récompense. Le souci, c'est que le clic se met à avoir valeur de libération, de fin d'exercice. Comment ensuite cliquer un chien qui a très envie d'aller au contact d'un congénère et attendre de lui qu'il reste concentré sur l'humain (ou produise un autre comportement sans lien avec le chien) ? Le clic pourrait très logiquement déclencher la traction du chien sur sa laisse pour aller voir/agresser l'autre, puisque ce chien aura parfois été "libéré" par le clic (qui en plus ne menait pas à la friandise).

     Beaucoup de questions qui m'ont échappé et continuent de m'interpeller, finalement, dans ce petit ouvrage très riche d'informations concrètes. Cela dit, je ne remets pas en doute la renommée d'une personne qui s'est spécialisée dans ce type de rééducation avec visiblement des résultats probants depuis des années. Mais j'ai besoin de mener mon expérience pour combler les trous, m'expliquer les failles apparentes et peut-être finir convaincue. De ce fait, j'ai entrepris de remettre Guenji au clicker, puisqu'elle peut avoir des réactions agressives face aux chiens agités envahissants son espace. Comme elle est particulièrement irritable quand elle est en situation de travail, elle ferait un exemple convaincant pour moi en cas de réussite de ce côté. Je vais donc suivre la procédure de désensibilisation indiquée et constater les changements, avant de revenir compléter cet article et de répondre à mes interrogations.

Les signaux d'apaisement, les bases de la communication canine

                              Turid Rugaas

     Une de mes lectures en milieu de parcours, je dirais. Les débutants y trouveront leur compte pour améliorer leur capacité à lire la communication de leur animal ; ceux qui souhaitent se perfectionner pourront être déçus ou sceptiques.

    J'évoque ce livre, ses points forts et faiblesses, autour d'un autre article disponible sur le site et qui traite du sujet ; vous pouvez le trouver ici.

    Par ailleurs, vous pouvez retrouver une très juste analyse de cet ouvrage faite par Cynotopia via ce lien : https://www.cynotopia.fr/les-signaux-dapaisement

Comment parler chien ?

                              Stanley Coren

     En cours de relecture, car premier livre sérieux qui m'avait beaucoup plu... il y a 12 ans ! ^^