Les écoles du chiot en club : qu'en penser finalement ?

    Concept initial de Joseph Ortega, éducateur connu également pour être un juge d'obéissance mettant particulièrement l'accent sur le lien entre l'humain et le chien au travail dans ses notations, les écoles du chiot ont connu un fort essor pendant plusieurs années, un essor allant de paire avec la notoriété de l'éducation positive et la nécessité de la socialisation et des diverses imprégnations du chiot. L'idée était louable : permettre par le biais d'associations (donc de cours très peu coûteux) aux nouveaux propriétaires d'éduquer leur chiot en apprenant à lire le comportement canin, tout en permettant à la boule de poils de maintenir un contact régulier avec d'autres chiens, tous différents, afin qu'il devienne capable de reconnaître n'importe quel individu comme faisant partie de son espèce. Malgré tout, ces écoles subissent aujourd'hui un grand nombre de critiques sur le net ; je me demande même si j'ai pu lire un seul article positif sur les cours collectifs pour chiots en club depuis que je m'intéresse aux écrits d'autres éducateurs professionnels. Comment ont-ils pu être encensés pour finir dénigrés en tout point en à peine quelques années ?

 

    Si vous ne le savez pas, une grande part de mes connaissances proviennent d'un club où j'ai été simple adhérente avant de devenir bénévole comme éducatrice et monitrice d'obéissance et d'agility. Alors certes, on ne va pas se mentir, la formation sur trois ou quatre week-ends qu'on vous impose pour vous délivrer le monitorat n'est pas vraiment idéale. D'ailleurs, elle est selon moi plus un impératif pour « exercer » dans les règles qu'une véritable formation. Parce qu'en vérité, la formation, la vraie, c'est bien votre club qui vous la donne. Ce sont les éducateurs que vous côtoyez, dont vous regardez les cours pour vous imprégner, vous aussi, avant de vous impliquer dans les séances, qui vous donnent toutes les clés pour mieux appréhender chiens comme humains.

     Pourquoi je vous raconte tout cela ? Simplement pour, une fois de plus, établir des nuances. Les cours d'école du chiot ne sont pas merveilleux et encore moins parfaits. Mais ils ne sont pas non plus LA mauvaise idée, une avalanche de méconnaissances, un concentré de catastrophes où l'on martyrisera votre chiot. Parce que c'est quand même ce qu'on peut lire ! Et attention, je ne dis pas que les personnes qui racontent leur expérience sur leur chiot s'étant fait malmener par un autre chien sans que personne n'intervienne, retourné brutalement par un éducateur sans se sentir le droit d'intervenir eux-mêmes, ou qui relatent qu'ils ont passé une heure avec le chien en laisse sans qu'il n'ait jamais de contact avec les autres mentent, évidemment. Je suis sûre que cela peut arriver. Probablement que cela arrive, même trop souvent. Mais je ne peux pas laisser tous les professionnels mettre tous les clubs canins et tous les cours d'école du chiot qu'on y dispense dans le même sac. Ce serait comme décréter que tous les charpentiers sont nuls parce qu'ils sont justement charpentiers. Ou que tous les éducateurs professionnels sont bons parce qu'ils sont professionnels. Oui, il y a de « mauvais clubs », parce qu'il y a des gens, souvent de bonne volonté, qui sont trop peu voire mal formés. Oui, il y a des clubs où l'on manque de moyens, d'éducateurs et où une seule personne se retrouve à gérer trop de chiens et de gens de façon quasi systématique. Mais cela ne se passe pas toujours ainsi, c'est faux. Il faut cesser de noircir le tableau, comme c'est le cas pour le fait de jouer avec nos chiens.

    Je ne veux pas nous faire de pub, ce n'est pas le but. Je ne dis pas non plus que les choses se déroulent de manière idyllique en permanence au club où je suis bénévole. Je voudrais simplement vous montrer qu'aller en club canin, à condition de bien le choisir, n'est pas une si mauvaise idée.

 

    Vous pouvez lire sur le net qu'en club, les chiots sont tous lâchés ensemble et qu'on les laisse interagir librement, soit disant pour qu'ils continuent à communiquer avec leurs congénères. Donc celui qui se fait acculer, on va le laisser montrer les dents, chercher à mordre ou simplement subir, jusqu'à ce qu'il exprime assez violemment à l'autre ou aux autres qu'il a peur/est mal à l'aise/veut être tranquille/ne veut pas jouer de cette façon. Parfois, il n'y arrive pas et c'est « tant pis » : il apprend à avoir peur, à devenir agressif par anticipation et les autres à jouer aux caïds sans connaître les bonnes limites sociales. Mais l'histoire n'est pas obligée de se dérouler ainsi. On peut aussi s'arranger, en club, pour fragmenter suffisamment un terrain de manière à n'avoir que de petits groupes à gérer, des petits groupes qu'on lâchera par gabarit mais encore plus par caractère. Le grand malin de trois mois, très à l'aise, un peu brutasse et harceleur avec les plus « faibles », il se calme vite quand on le met quelques minutes avec des chiens de six-sept mois qui le tiennent en respect. A contrario, le tout petit et/ou timide qui vient d'arriver pourra être lâché sur un terrain seul, afin qu'il explore simplement l'environnement et prenne ses marques. Ou il pourra être mis avec un autre très timide – même s'il est beaucoup plus vieux – qui a par exemple connu une mauvaise expérience et ne va plus vers les autres. Nous essayons de maintenir un lien social de façon efficace : de faire comprendre aux plus forts caractères qu'il y a toujours plus « fort » qu'eux et qu'on ne peut pas tout se permettre/de montrer aux plus sensibles que les autres chiens ne représentent pas une menace et qu'ils peuvent avoir confiance.

    Vous pouvez également lire que les chiots ne sont finalement jamais lâchés pendant l'heure et qu'ils apprennent juste à obéir, de façon plus ou moins positive. Pour nous, le lâcher est important ; nous essayons de le faire en début et fin de cours (c'est vrai, celui de fin est parfois zappé par manque de temps). Mais nous sommes conscients que les chiots sont des chiots et qu'ils ne peuvent pas se concentrer et rester parfaitement « sages » pendant tout ce temps où nous bavassons à leur sujet, alors entre chaque exercice qu'on détaille, les maîtres sont invités à jouer avec leur chien (l'occasion de parler d'auto-contrôle et d'expliquer comment le « donne » se travaille sans rapport de force), à faire une pause câlin si le chiot n'est pas joueur. Tout ce qu'on souhaite, c'est que le chiot ne sature pas et qu'il prenne plaisir à apprendre avec son humain à chaque séance. Des exercices de proprioceptions sont souvent intégrés pour une bonne conscience de leur corps et pour varier des exercices basiques que vous pouvez facilement travaillez chez vous.

    Quoi d'autre pour vous inciter à fuir les clubs... ? Ah oui, les maltraitances par les éducateurs... Entendons-nous bien, il existe des associations qui ne travaillent pas en positif, qui utilisent les colliers étrangleurs pour se faire obéir, qui violentent les chiens. Je parle ici de clubs « respectables », pas de ceux-là. Ce qui revient souvent, c'est le chiot, jugé trop brute avec les autres, que l'éducateur attrape et plaque au sol, en le menaçant verbalement ou non, le maintenant jusqu'à ce qu'il soit parfaitement immobile, ce qui pousse parfois le chiot à gémir de façon très audible devant les yeux horrifiés des personnes présentes... En fait, l'éducateur dans ce cas de figure se donne le rôle de régulateur – de façon plus ou moins pertinente et efficace. Idéalement, un chien adulte devrait jouer ce rôle : prendre la place de la mère dans la fratrie et intervenir pour stopper ou isoler les individus ne jouant pas selon les bonnes règles. Mais le hic, dans un club – et sur ce point je n'ai pas de solution – c'est qu'il faudrait des dizaines de chiens régulateurs pour encadrer les jeunes. Des dizaines de forces tranquilles, parfaitement codées, prêtes à s'intéresser aux chiots et jeunes chiens de façon à maîtriser les groupes. Et croyez moi, un vrai régulateur ne se trouve pas à tous les coins de rue. Il faut que ce soit un individu suffisamment massif, tolérant juste ce qu'il faut, capable de dire non de manière nette et crédible sans déraper ; un individu qui ne va pas monter en pression et tirer vers l'ultra-interventionnisme à force de se voir confier ce rôle, un individu qui va aussi spontanément s'intéresser aux éventuels conflits des autres pour les régler et ne pas choisir de rester en retrait. Ben moi, je vous l'annonce, j'ai trois chiens et zéro régulateur ^^ Djuna sait dire non aux âmes sensibles seulement et ne le fait que si on l'embête, donc gérer un groupe, non merci. Guenji sait dire non clairement à tout le monde, s'adapte bien à l'âge du chien dans sa manière de sanctionner, mais elle est parfois tellement branchée sur moi qu'elle se moque de ce qu'il se passe autour et va plutôt mettre à distance ceux cherchant à entre dans « notre cercle », sans se préoccuper de savoir s'il fallait ou pas repousser tel ou tel chiot. Quant à Nagg... comment dire... avec ses 5kg, c'était déjà mal barré ! Et elle intervient un peu trop fort d'entrée de jeu, suite à son agression quand elle avait six mois. Tout cela pour vous dire que matériellement, un club ne peut pas proposer une régulation autre qu'humaine. Ce n'est pas idéal, mais c'est mieux que rien. Je voudrais parallèlement dédramatiser ce « retourné » de chiots qui fait souvent scandale... Oui, quand un chiot est trop turbulent, accule les autres ou un individu particulier, on l'immobilise dans les bras – si son gabarit le permet. Plusieurs fois s'il le faut, à chaque fois qu'il recommence à s'emballer. Mais s'il ne comprend pas – ou s'il est vraiment trop lourd à porter déjà – on va effectivement le pousser à se mettre sur le flan et à rester immobile. Il ne s'agit pas de l'attraper au vol pour le plaquer et lui faire mal, mais simplement de lui imposer un moment de calme, les mains sur le corps, jusqu'à ce qu'il s'immobilise. On ne crie pas, on ne menace pas, on ne frappe pas. On poursuit simplement l'apprentissage de la mère qui a dû enseigner le « stop » à son chiot. On entend parfois que cela n'a pas de sens de contraindre un chien au sol de la sorte, car il se soumettrait volontairement à un chien et se coucherait, sans que l'autre ne lui force la main, au contraire de l'humain. Pour moi, c'est faux. En tout cas, dans l'apprentissage. Imaginons quelques minutes une mère et ses petits à l'élevage : si Tornade s'acharne sur Timide, la mère, Sagesse, va normalement intervenir. Il se peut que Tornade soit finalement un chiot qui roule des maniques, sans assumer réellement le rôle de petit chef qu'il s'était proposé à l'instant, et qu'il s'immobilise de suite (débout, couché, sur le flan ou sur le dos). Mais il est aussi possible qu'il faille que Sagesse intervienne physiquement en le repoussant ou en mettant ses dents autour de son corps pour qu'il accepte de se calmer. Peut-être même qu'elle devra le forcer à se coucher en passant au dessus de lui en grognant, voire en faisant mine de mordre, s'il est très motivé à embêter Timide. C'est là où je veux en venir : en tant qu'humains régulateurs, on doit parfois forcer ce repli du chiot, comme doit le faire une mère sur une « forte-tête ». Et si c'est bien fait, c'est à dire au bon moment, calmement et sans céder, nous n'avons pas à le refaire. Il suffit ensuite que l'on s'approche en cas de récidive et le chiot abandonne de suite la partie : là, effectivement, il s'immobilise de son plein gré. Je pense personnellement que si cet acte n'avait aucun sens pour le chien, on n'obtiendrait pas si rapidement un résultat concret. Est-ce que le chiot ou le jeune chien comprend aussi bien pourquoi nous agissons de cette façon que si c'était un congénère qui le faisait « céder » ? Probablement pas. Par contre, il fait très bien le lien entre son comportement avec le chien en amont et cette contrainte. On en revient toujours au même point : ce n'est pas idéal mais cela reste préférable au fait de laisser la situation dégénérer.

     Tout cela pour vous dire que ce n'est pas parce qu'un éducateur va coucher un chiot, que celui-ci va se débattre et couiner trois secondes (comme chez les humains, il y a des êtres plus ou moins expressifs et comédiens) qu'il y a mort d'homme – ou de chiot, en l'occurrence. Votre chiot n'en sortira pas traumatisé ! C'est dur en tant que « papa/maman » de voir son petit bout subir cela, surtout s'il en fait des tonnes en hurlant pour qu'on le lâche, mais mettez-vous quelques secondes à la place de la personne dont le chiot était « violenté » par le vôtre, qui couinait peut-être, lui aussi, la queue entre les jambes, recroquevillé dans un coin. S'il n'y a pas de chien adulte pour dire stop dans ce cas de figure, il faut un humain pour le faire, que ce soit un éducateur ou vous-même. On peut choisir de simplement isoler le chiot pour le punir, quand on est chez soi. C'est le mieux. Mais en club, il faudrait un tas de caisses ou de pièces fermées sur le terrain pour ce faire – ce qui est encore une fois matériellement impossible et on risquerait en plus de dégoûter les chiots de la caisse de transport... Parce que tenir un chiot en laisse au milieu d'autres qui jouent et vont venir à son contact par intermittence ne me semble vraiment pas clair pour le chien attaché ni gérable pour le propriétaire.

 

    Les bonnes écoles du chiot existent. Celles qui vous donneront les mêmes conseils qu'un éducateur professionnel compétent, celles qui prennent soin du groupe en entier et qui s'intéressent autant à l'éducation des propriétaire qu'à l'éveil et à la socialisation des chiots. Elles existent. Cherchez-les ! Pour moi, le seul bémol d'une bonne classe de chiots en club, c'est le manque de contact avec des chiens adultes, calmes, qui refuseront la plupart des interactions malvenues de votre compagnon et qui leur expliqueront en langage canin qu'on ne peut pas se permettre telle ou telle action. Car je pense en revanche que si énormément de chiens ado et adultes « se jettent » pour jouer sur leur congénères quand ils en croisent, c'est parce qu'ils ont appris, auprès d'autres chiots tout aussi joueurs, pendant des mois, à aborder leurs congénères de cette façon. C'est un bémol, oui, mais auquel on peut facilement remédier en tâchant, nous, en tant que propriétaires responsables, de mettre nos chiots en contact avec des chiens adultes équilibrés qui n'autoriseront pas cette approche malhabile.

 

    On ne peut pas attendre d'un cours de club une obéissance parfaite de son chien en venant une à deux fois par semaine sans mettre la main à la patte chez soi. Il en va de même pour la socialisation et les imprégnations : il faut que vos chiots voient du pays et un tas d'individus de plusieurs espèces pour savoir comment interagir correctement avec le monde.

    Dans un club digne de ce nom, avec une implication de votre part dans l'éducation et la gestion des contacts sociaux, vous et votre chien pouvez parfaitement y trouver votre compte.

    Aller en école du chiot, c'est potentiellement avoir accès un un tas de matériel d'éveil qu'on ne peut pas avoir chez soi sans se ruiner. C'est rencontrer d'autres propriétaires pour éventuellement organiser des balades par affinités (humaines et canines). C'est discuter avec plusieurs éducateurs et donc avoir des points de vue et conseils différents, donc plusieurs solutions possibles à un problème rencontré. C'est pouvoir se lancer dans une activité comme l'agility, l'obéissance, le pistage, le flyball et partager. C'est aussi et surtout l'occasion de travailler son chien au milieu d'autres, apprendre à le rendre réceptif à vos demandes malgré un milieu très stimulant.

 

 

     Je conclurai en disant qu'éducateur professionnel ou moniteur de club, nous sommes tous humains, nous sommes tous faillibles. Personne n'est à l'abri d'une erreur de jugement, à un instant T. Tout le monde peut mal penser ou réagir, à un instant donné. Ce qui compte, ce sont les remises en question, le fait de ne pas se fermer dans une idée, une méthode, comme si elle était unique et universelle. Or j'ai connu les recommandations des colliers sanitaires en club, quand un chien arrivait sur le tard et tirait énormément. Aujourd'hui, on dirige ces personnes vers un harnais avec une accroche sur le devant. J'ai connu le chien d'agility à qui on faisait découvrir la balance à hauteur normale, en laisse, en le poussant à avancer malgré ses tremblements éventuels. Aujourd'hui, le pied de la balance est réglable et le chien est systématiquement guidé à la friandise et a le choix de descendre s'il n'est pas à l'aise. J'ai connu les lâchers de chiens par gabarits plus que par caractères, les ados de huit mois tous libérés ensemble et qu'on laissait monter en pression et glisser vers un semblant de réactivité. Aujourd'hui, nous essayons de faire attention aux tempéraments et de moins lâcher ces jeunes un peu fougueux en les rattachant avant qu'ils ne s'agacent entre eux.

     Peut-être qu'à un moment, plusieurs clubs ont fait fausse route sans le vouloir, sur une pratique, une méthode. L'important, c'est d'évoluer quand on s'en rend compte. 

     Nous sommes tous humains, nous aimons tous les chiens et tâchons de faire au mieux, en club ou ailleurs, pour eux comme pour vous. Je crois que c'est un paramètre à ne pas oublier.

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