Questionnement sur les signaux d'apaisement : lire, interpréter, utiliser...
quels intérêts, quelles conséquences ?

     Depuis que l'auteur Turid Rugaas a écrit à leur sujet, les signaux d'apaisement commencent à être connus, parfois reconnus. Néanmoins, nous humains, n'en tenons pas toujours compte – en plus du fait de n'en connaître que quelques-uns. Pourtant, votre chien possède toute une palette de mimiques et comportements pour vous indiquer son humeur et, comme nos chiens composent avec les nôtres sans rechigner, il semblerait logique, peut-être simplement correct, d'apprendre à détecter un certain nombre de leurs signaux, ne serait-ce que pour la sécurité de tous.

    Beaucoup ont déjà vu circuler la vidéo de ce berger qu'on caresse allègrement lors d'une interview et qui finit par mordre pour s'extirper de cette emprise physique qui tend à durer. Cela surprend tout le monde, devant la caméra. Cependant, ce chien a usé en amont de toutes les "armes" dont il disposait pour exprimer son malaise (oreilles en arrière, léchage de museau, regard détourné, petits battements de queue, tentatives de dérobade etc.) avant d'employer l'ultime moyen d'éloignement, toujours efficace, donc renforcé : la morsure. Sans aller jusqu'à pousser votre chien dans ses retranchements, ce qui l'obligerait à déballer tout son attirail de signaux d'apaisement – s'il est patient –, vous pouvez constater au quotidien que votre ami à quatre pattes en émet de manière isolée et ces signaux sont la plupart du temps de bons indices pour détecter son état d'esprit et, mieux encore, ajuster vos attitudes en fonction.

 

     Ces signaux, que sont-ils ? C'est avant tout un moyen de communication ; autrement dit, votre chien délivre une information à travers eux – et de la même manière que vous n'ignorez normalement pas un membre de la famille qui tente de vous dire quelque chose, vous devez en tenir compte. C'est un comportement, réflexe ou volontaire, plus ou moins discret, qui indique comme nous l'évoquions l'émotion du chien à un instant donné. Prenons quelques exemples :

  • Rex vous a piqué une chaussure pour la énième fois et il est en train de la mâchonner quand vous le découvrez. Devant votre regard en colère et votre approche vive, Rex lâche sa prise en baissant les oreilles, se couche, cligne des yeux rapidement sans vous regarder tandis que vous le houspillez.

  • Max est en cours avec d'autres chiens et son humain. Il doit tenir le « pas bouger » au milieu des autres, pas toujours stables. Il sait qu'il ne doit pas se déplacer, il l'a appris ; il trépigne et bâille régulièrement, tout en battant des cils.

    Dans le cas de Rex, que tous les propriétaires ont connu je pense, on assiste à une série de signaux volontaires : comme il le ferait avec un congénère, Rex cherche à calmer l'humain par ses mimiques et postures basses. Cela ne veut pas dire qu'il a compris que ce qu'il faisait est mal (de votre point de vue) mais qu'il vous sait en colère et voudrait que vous vous apaisiez. Il vous délivre un message conscient et visible – même si vous l'ignorez parfois.

     NB : dans ce cas de figure, insister dans vos représailles est contre productif voire dangereux. Si vous avez le plus gentil des chiens, il va subir vos foudres, quoi que vous lui fassiez (sans comprendre réellement, rappelons-le quand même) et vous nuisez à votre lien, à sa confiance en vous. S'il a un peu plus de caractère, vous courez le risque d'être mordu, parce que ce sera son dernier recours pour échapper à votre punition (injustifiée, de son point de vue) et qu'il vous aura prévenu. Petite parenthèse : je sais qu'il est parfois difficile de se contenir quand vous avez l'impression que votre animal vous fait tourner en bourrique, recommence x fois la même « bêtise », mais plutôt que de déverser votre agacement sur lui en vain, isolez-le. La privation de contact avec le groupe est une punition et, surtout, cela vous donnera le temps de vous rasseoir sur vos émotions pour ne pas surenchérir inutilement.

     Dans le cas de Max, les signaux sont plutôt une réponse réflexe. Mal à l'aise, le chien « décompresse » en bâillant, en clignant des yeux, tout comme il pourrait couiner, se gratter, se lécher les pattes ou le nez. Dans sa tête de chien obéissant et conditionné à se ternir tranquille dans cette situation, son cerveau s'arrange avec la contrainte qu'on lui impose et qui lui déplaît.

   

     Ces messages ne sont pas anodins ; vous devriez apprendre à les repérer et à en tenir compte, pour une vie plus harmonieuse. Sachez qu'en réagissant maladroitement, vous pouvez aller jusqu'à créer et conditionner des signaux de votre chien ! A ce titre, je vous ferai partager mon exemple personnel. J'ai eu Djuna pour mes seize ans et il est clair que je ne l'ai pas éduquée d'une façon qui me convienne vraiment aujourd'hui, douze ans après. Je lui avais appris, dans sa jeunesse, à s'ébrouer sur demande. A chaque jet de balle à l'eau suivi d'un rapport et donc d'un séchage, je répétais un mot à retenir, récompensé par un nouveau lancé du jouet. Mais mon « secoue-toi » n'a jamais eu autant de force qu'un « assis » (et qu'un tas d'autres commandes, par ailleurs). Je m'explique : quand on demande au chien de s'asseoir, sauf si c'est en un lieu particulier (banc, table à ressorts, chaise etc.) on n'exige rien de contre nature dans le sens où le chien aurait pu s'asseoir naturellement à cet endroit, par choix. En revanche, ordonner à un chien sec de s'ébrouer n'a pas de sens pour lui (si ce n'est après s'être roulé éventuellement, ce que Djuna fait systématiquement, en l'occurrence). Or à certains retours de balade pluvieuse, je demandais à ma chienne de se secouer et il lui arrivait de juger qu'elle n'était pas assez mouillée ; elle n'arrivait donc pas à produire le comportement. Au mieux, elle secouait vaguement la tête. A tort, je me suis agacée pendant longtemps, face à cette "désobéissance"... Plutôt que d'insister et de monter en pression moi aussi, je la laissais dehors finir de se mouiller cinq minutes avant de rouvrir et de répéter mon « secoue-toi ». Et quand cela ne fonctionnait pas, je suis allée jusqu'à lui verser sa gamelle d'eau sur le crâne... car la tête mouillée implique toujours un ébrouement. Evidemment, je la félicitais chaudement, l'essuyais de partout et elle rentrait ensuite. Mais bon, avouons que ce n'était pas terrible... Je vous raconte tout cela parce que j'ai en fin de compte créé de toute pièce (sur Djuna, car cette réaction existe naturellement sur certains individus) le signal d'apaisement de l'ébrouement. Lorsque je demande quelque chose qu'elle ne comprend pas, si je la pousse, elle s'ébroue, car elle a associé la pression mise sur sa personne à cette situation d'être sous la pluie à ne faire qu'incliner la tête et a finalement devoir se secouer pour avoir accès à l'intérieur, à la libération de cette tension, donc. C'est un comportement qu'elle propose pour me calmer, en fin de compte, son moyen de régler un « conflit ». Et je sais aujourd'hui que si elle agit de cette façon durant une session de travail, c'est que je l'ai poussée trop loin, qu'il faut passer à autre chose et s'y prendre différemment la fois d'après. Oui, on fait tous des erreurs ; le tout, c'est d'en tirer des leçons pour agir d'une meilleure façon par la suite :)

 

    Revenons en maintenant au commencement de tout, le livre de Drugaas... Je dois vous avouer que quelque chose m'a interloqué et me pose toujours problème après deux lectures ^^ Elles sont lointaines et je ne dispose plus du livre alors veuillez excuser les imprécisions.

     Dans ce petit ouvrage, non seulement l'auteur énumère et décrit les signaux recensés sur différents chiens mais elle témoigne aussi sur leur usage et leur efficacité quand ils sont utilisés par l'homme. Elle raconte notamment comment elle a réussi à apaiser une phobie d'un individu en se posant calmement près de lui et en bâillant ostensiblement, régulièrement. En clignant des yeux, également, il me semble. L'objectif était de signifier au chien, avec son propre langage, qu'il n'y avait rien à craindre. Avec le temps, le chien, qui à l'origine était en panique dans cette situation, se serait calmé et aurait retrouvé une attitude beaucoup plus neutre.

     J'ai trouvé cela merveilleux, brillant même !! Et en l'occurrence, Djuna, qui avait entendu de trop prêt un coup de feu un jour, s'était mise à avoir tardivement peur des détonations au loin mais aussi de l'orage. Alors un soir où l'orage menaçait, ravie, je me suis dit que j'allais essayer la technique de Drugaas !

     Eh bien... comment dire... ce ne fut pas très fructueux ^^ J'ai tenté l'expérience deux fois, sur deux orages différents donc, plusieurs longues minutes, sans résultat. Ou plutôt si : je n'ai jamais pu y passer des heures car j'ai clairement eu l'impression que j'angoissais encore davantage ma golden en bâillant devant elle.

      Alors pourquoi ? Oui, pourquoi ? J'y ai réfléchi longtemps. C'est ainsi que j'en suis venue à réaliser que tous les signaux ne se valent pas et que tous ne peuvent pas être utilisés à des fins d'apaisement. Turid Ruggas ne propose pas de classification parmi les signaux, d'après mes souvenirs. Pas clairement, en tout cas. Probablement parce qu'ils peuvent différer en sens d'un individu à un autre. C'est ce que l'expérience m'a montré.

     Pour moi, il y a bien une catégorisation à établir et si on n'en tient pas compte, on ne peut pas réagir dans le bon sens et encore moins utiliser les signaux nous-mêmes pour aider notre animal. Cette classification, je l'ai esquissée plus haut : il s'agirait de savoir avant toute chose si le signal émis est bien conscient, volontaire, ou si c'est un réflexe. Parce que selon ma « théorie », si on veut bien la nommer ainsi, les deux types de signaux n'auraient pas du tout le même sens ; ils seraient même diamétralement opposés !

    Pour reprendre nos exemples, un chien qui bâille en réaction réflexe exprime un malaise donc, en toute logique, en essayant de bâiller pour le réconforter, on tape à côté ; le chien pourrait lire que vous êtes vous aussi anxieux, or les émotions sont communicatives... Vous feriez donc davantage paniquer votre compagnon que vous ne l'apaiseriez. En revanche, utiliser les signaux d'apaisement volontaires du chien dans l'idée de l'aider à se calmer serait efficace. On peut se rapprocher du sol pour mettre un chiot en confiance, plutôt que de se pencher sur lui. On peut se mettre de profil et/ou détourner le regard face à un adulte craintif. On peut aborder un chien méfiant en faisant des détours et arrivant de côté.

     Pour ma part, d'après mon exposition précédente, je les classerais ainsi :

    Je vous annonce que c'est à regret que j'ai rangé le bâillement dans les ambivalents ^^ Honnêtement, je n'ai jamais observé de bâillement émis volontairement pour calmer un congénère ou un humain. Par contre, j'ai vu tout un tas de chien en cours d'éducation bâiller puis se gratter, puis renifler etc. J'ai vu Djuna paniquer d'autant plus en me voyant ouvrir grand la bouche avec les intentions inverses. J'ai vu Guenji le faire devant un congénère, mais en ayant davantage l'impression qu'elle tentait de se défrustrer du « mauvais » comportement du chien en face, ne répondant pas à ses attentes personnelles. Je l'ai aussi vue et revue bâiller quand elle me regarde faire travailler Nagg en attendant son tour. Je vois aussi toutes les semaines Nestor se décrocher la mâchoire quand il me voit descendre l'escalier pour le rejoindre au rez de chaussée ou avant une balade si la porte n'est pas ouverte assez vite à son goût... donc prudence avec le bâillement, il est trompeur :)

 

    Je n'ai rien inventé, bien sûr ; on trouve quelques écrits sur la toile évoquant des intentions et états d'esprits différents parmi les signaux fréquents. Mais j'avais pour objectif avec cet article, non pas de les recenser et décrire – cela a déjà été fait et bien fait – mais de les catégoriser clairement de manière à pouvoir les comprendre, s'adapter à leur émission et éventuellement en utiliser quelques-uns. Je voulais aussi vous montrer l'importance de la lecture au cas par cas : le langage est théoriquement commun à tous les chiens, mais au fil de leurs expériences, avant vous et avec vous, ils développent aussi des manières particulières d'interagir et c'est avant tout le langage de votre chien qu'il faut apprendre et connaître.

 

 

    Pour information, j'ai renoncé à l'usage des signaux pour aider Djuna en cas de panique. Maintenant, quand je vois qu'elle commence à angoisser (elle vient vers moi, cherche le contact physique, trépigne, se lèche le museau, tourne et vire), j'ai recours à l'homéopathie : 5 granules de Gelsemium puis 3 granules vingt minutes après et, en moins de deux, j'ai une golden tranquillement couchée à mes pieds (sans état de somnolence). Le mélange Rescue marche très bien également. La fleur de Bach est aussi un remède mais je ne l'ai jamais utilisée.

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