Le système des "écoles du chiot" :
qu'en penser ?

    Concept initial de Joseph Ortega, éducateur connu également pour être un juge d'obéissance mettant particulièrement l'accent sur le lien entre l'humain et le chien au travail dans ses notations, les écoles du chiot ont connu un fort essor pendant plusieurs années, un essor allant de paire avec la notoriété de l'éducation positive et la nécessité de la socialisation et des diverses imprégnations du chiot. L'idée était louable : permettre par le biais d'associations - l'appellation "écoles du chiot" est réservée aux clubs canins - aux nouveaux adoptants d'éduquer leur chiot, tout en permettant à la boule de poils de maintenir un contact régulier avec d'autres chiens, tous différents, afin qu'il devienne capable de reconnaître n'importe quel individu comme faisant partie de son espèce.

      Malgré tout, ces écoles de club subissent aujourd'hui un grand nombre de critiques sur le net ; je me demande même si j'ai pu lire un seul article positif sur les cours collectifs pour chiots depuis que je m'intéresse aux écrits d'autres éducateurs professionnels. Comment ont-ils pu être encensés pour finir dénigrés en tout point en à peine quelques années ?

     Si vous ne le savez pas, le socle de mes connaissances provient d'un club où j'ai été simple adhérente avant de devenir bénévole comme monitrice en éducation puis d'obéissance et d'agility. Je me crois donc suffisamment légitime pour émettre un avis - qui vaut ce qu'il vaut - sur la question.

      Comme souligné, l'appellation "école du chiot" est réservée au milieu associatif, mais plusieurs professionnels proposent un système similaire, qu'on retrouve parfois en cliniques vétérinaires : un rassemblement de chiots venus avec leur humains pour être éduqués et socialisés.

      L'objectif ici est d'informer et de mettre en garde quant à certains conseils et certaines pratiques qu'on peut retrouver dans ce genre de milieux, sans chercher à mettre toutes les structures de ce type dans le même panier pour autant.

Ce qu’impliquent les cours collectifs

      Avant d’évoquer de potentielles dérives, faisons un point sur ce qu’est en soi un cours collectif et ce qu’il en découle :

  • Un cours de ce type va rassembler plusieurs personnes et chiots dans un même endroit, encadré par un même éducateur. De cette configuration, on peut commencer par déduire deux choses : la première, c’est que plus l’endroit du regroupement est spacieux, moins l’encadrant peut accompagner aisément les duos en présence. A contrario, la deuxième, c’est que plus l’espace prévu pour le cours est restreint, plus les chiots sont les uns sur les autres et moins ils ont de chance d’être calmes et disponibles pour les apprentissages. C’est un premier casse-tête à gérer : la taille du terrain pour permettre une séance la plus qualitative possible.

  • Le fait de réunir plusieurs chiots différents, de gabarits, races et possiblement âges hétérogènes, sur un même créneau implique aussi que, même s’ils n’ont pas tous les mêmes besoins, ils vont suivre le même cours. Cela veut dire que si l’éducateur ne cherche pas à adapter au maximum le contenu à l’individu, même au sein du groupe, certains chiots auront une séance relativement profitable tandis que d’autres n’auront rien appris d’intéressant pour eux.

  • Ce format « un éducateur pour plusieurs chiots » signifie aussi qu’il va y avoir des temps morts dans l’accompagnement, donc que l’élève humain va se retrouver en charge de son chiot dans un milieu assez peu évident à gérer émotionnellement. D’expérience, la plupart des gens font le choix d’attendre sans rien faire. Sauf que si eux sont capables de patienter, ce n’est pas forcément le cas de leur chiot. Beaucoup répète aux chiot de s’asseoir pour qu’il se tienne tranquille et cela reste assez peu efficient – normal ! Bref, à moins d’avoir un éducateur qui saura dire clairement quoi faire d’extrêmement simple et en autonomie, le chiot et son humain sont facilement mis en difficulté. C'est aussi valable si tout le monde est invité à faire l'activité de son côté : ceux qui ne sont pas activement encadrés peuvent mal s'y prendre et ne pas réussir, ou pas selon les consignes.

    

      Finalement, rien que par le format du suivi, on peut observer que certains chiots ne seront pas à l’aise dans ce type de cours. Un chiot très craintif pourra être tellement impressionné par les autres qu’il ne pourra rien faire de l’heure (et on ne devrait pas lui forcer la main). Un chiot très nerveux, ayant du mal à tenir en place, aura du mal à supporter de passer autant de temps en laisse au milieu d’autres qui s’agiteront de trop (à ses yeux).

      En vérité, ces individus-là pourraient participer à des cours collectifs sur des terrains spacieux, mais il est clair que leurs exercices ne devraient rien avoir à voir avec ceux de chiots plus stables psychiquement et physiquement. C’est ainsi que, mal accompagnés, dans une mauvaise structure, ils pourraient régresser au lieu de progresser. C’est notamment par répétition de cette immersion que le chiot peut rester/devenir réactif – c’est-à-dire enclin à réagir sous le coup de l’émotion, pas nécessairement avec agressivité – en laisse.

 

Les dérives possibles des écoles du chiot au sens large

      La première, la plus importante à mes yeux désormais, c’est le système du lâcher de chiots sous prétexte de développement social. Il peut être totalement anarchique, entassant dans le même parc des chiots de deux et six mois, des petits modèles et de grands patauds, au milieu d’humains ravis de voir ce joyeux petit monde jouer – je vous invite à voir de très grosses guillemets autour de « joyeux » et « jouer ». Dans certaines structures, bénévoles ou non, les « récrés » peuvent être mieux encadrées : par gabarit, par caractère, ou même les deux, avec intervention humaine pour venir en aide à un chiot embêté par un deux autres. Malheureusement, dans aucun des cas, ce lâcher défouloir de début et/ou de fin de séance n’est réellement profitable aux petits loups.

       Je vous invite à lire l’article au sujet des réels besoins en terme de communication de nos canidés domestiques adultes. Cela peut déjà expliquer pourquoi ces mises en contact ne me semblent plus adéquates.

      Dans une structure idéale, deux à trois chiots grand maximum seraient mis avec encore plus d'adultes calmes, bons communicants, peu enclins aux contacts physiques. Ce petit monde irait en mouvement vers l'avant et ne seraient pas fermés sur un terrain clos, car la réduction de l’espace force les interactions. Sous prétexte de socialisation, plusieurs « écoles » se fourvoient : pour être social voire sociable, un chiot n'a pas besoin de jeux physiques avec des jeunes ; il doit avoir du contact avec des chiens appropriés, très doux et distants si le chiot est craintif, fermes sans être violents face à un petit singe à la quenotte facile, globalement indifférents et pacifiques avec la majorité.

      Dans mon club, on me disait qu'on avait trop de chiots et pas assez d'adultes pour faire cela. Et c'était vrai. D'autant que les adultes dont on disposait avaient évolué dans un modèles de « jeux » brutaux et n'auraient pas été de bons exemples pour la nouvelle génération. Mais dans ce cas, pourquoi les lâcher ? Pourquoi simplement ne pas profiter de ce rassemblement pour leur enseigner à être calme en présence d'autres chiens, à savoir se concentrer malgré l'agitation, à être capable d’observer, de se croiser tranquillement ? Parce que c'est ce dont un humain aura le plus besoin, dans sa vie avec son chien : qu'il soit détendu et disponible face à diverses stimulations. En lâchant les chiots pour qu'ils « jouent », les séances apprennent aux chiots l'excitation de la rencontre au lieu de la banaliser. En club, beaucoup de jeunes chiens arrivent sur le parking et dans l'enceinte, après quelques séances, en tirant comme des fous, en jappant, car ils savent qu’une partie de « jeu » les attend (ou parce que toute cette agitation est stressante et qu’il faut évacuer les tensions ressenties).

      Contrairement à ce qu'on croit, ce n'est pas le nombre d'échanges physiques entre chiens qui va conditionner la socialité du chiot, c'est la qualité de ses rencontres et contacts. Effectivement, avoir vu un chihuahua et un dogue allemand peut-être utile, mais pas d'avoir malmené le chihuahua (car on le pouvait physiquement) et ni d'avoir eu peur du dogue (car il était trop brusque et impressionnant).

 

      La seconde, c’est tout simplement le manque de connaissances récentes, valides. Je voudrais pouvoir dire que ce n’est valable exclusivement qu’en club canin où la formation est minime, mais on peut se retrouver à écouter un discours totalement désuet chez un professionnel du monde canin également.

      Il faut savoir que la formation pour se voir délivrer le « monitorat en éducation canine » valable en club ne dure que trois week-ends, le dernier servant à l'examen (qu'on a tendance à accorder à chacun car on manque souvent de bénévoles pour superviser les cours). Cette procédure est selon moi davantage un impératif pour exercer dans les règles qu'une véritable formation. Difficile d’ailleurs de demander à de simples passionnés d'engranger des tonnes de théories, de concepts ; ce n’est pas leur métier. En vérité, la formation, celle que vous dispenserez en cours d’éducation, c'est bien votre club qui vous l'offre. Ce sont les éducateurs que vous côtoyez, dont vous regardez les cours pour vous imprégner, vous aussi, avant de vous impliquer dans les séances, qui vous donnent toutes les clés pour mieux appréhender chiens comme humains. C'est une partie du problème : une sorte de savoir « ancestral » peut se transmettre sur le terrain, un savoir qui n'est pas toujours remis en cause et, ça, c'est un gros souci.

      Les connaissances en éthologie augmentent jour après jour et il n'est plus sensé de se baser sur les idées et modèles qu'on pensait valables il y a dix voire vingt ans. Tous les anciens concepts de dominance, de chef de meute, de hiérarchie pyramidale ont été revus, balayés et enterrés depuis plusieurs années, donc on ne devrait normalement plus entendre ce type de discours pour justifier d'une méthode ou d'un apprentissage, même de la bouche d'un passionné de chiens, bénévole depuis des années, qui pense bien dire et faire. Et encore moins dans celle d'un professionnel !

       De la méconnaissance peut survenir une forme de violence, qui peut consister à conseiller de gronder en secouant la peau du cou, de plaquer le chien au sol pour résoudre un conflit, ou simplement à donner un à-coup sur la laisse quand le chiot tire. On trouve tout un tas de récit sur le net, témoignant d’expériences de ce genre, souvent en club canin, comme celui de Cynotopia. Ce qui revient souvent, c'est le chiot, jugé trop brute avec les autres, que l'éducateur attrape et met au sol, en le menaçant verbalement ou non, le maintenant jusqu'à ce qu'il soit parfaitement immobile, ce qui pousse parfois le chiot à gémir de façon très audible, devant les yeux horrifiés des personnes présentes... En fait, l'éducateur dans ce cas de figure se donne le rôle de "régulateur" et le justifie par ce terme. Idéalement, un chien adulte devrait jouer ce rôle : prendre la place de la mère dans la fratrie et intervenir pour stopper ou isoler les individus ne jouant pas selon les bonnes règles. Mais le hic - on y revient - c'est qu'il faudrait des dizaines de chiens adultes pour encadrer beaucoup moins de jeunes. Des dizaines de forces tranquilles, compétentes socialement, prêtes à s'intéresser aux chiots de façon à maîtriser les groupes. Et croyez moi, ce profil ne se trouve pas à tous les coins de rue. Il faut que ce soit un individu suffisamment massif pour être respecté même par les plus gros des chiots, capable de dire non de manière nette et crédible sans déraper ; un individu qui ne va pas monter en pression et tirer vers l'ultra-interventionnisme à force de se voir confier ce rôle, un individu qui va aussi spontanément s'intéresser aux éventuels conflits des autres pour les régler et ne pas choisir de rester en retrait. Ben moi, je vous l'annonce, j'utilise sept chiens dont les trois miennes et je dispose de zéro "régulateur" pour mes cours... Parce qu'un chien lambda n'aime pas forcément les chiots (qui communiquent mal) ni se mêler des affaires des autres.

     Tout cela pour vous dire que matériellement, n’importe quelle grosse structure donnant des cours collectifs pour chiots ne peut pas proposer une régulation autre qu'humaine. Et j'en reviens au fait que de lâcher des petits loups plus ou moins excitables devient forcément une mauvaise idée.

      Le manque de connaissances récentes est un fléau. Et ce qui est malheureux finalement, c'est que des personnes se rendant à des cours, pensant bien faire, écoutent des personnes, qui pensent bien faire, mais qui peuvent être à côté de la plaque. C'est ainsi que des chiens évoluent dans le « mauvais » sens et dépassent leurs adoptants, obligés de faire appel à un comportementaliste, avant les un an du chiot parfois. C'est aussi de cette façon que les vieux discours hiérarchiques continuent de se répandre, même si dix mille études ont prouvé depuis que ce modèle n'avait pas lieu d'être considéré pour le chien. Et c'est un peu triste.

 

 

Des cours en groupe de chiots réellement positifs ?

      Oui, je pense qu’il est possible, tant en tant que professionnel que bénévole, d’organiser des cours collectifs de plutôt bonne qualité, sans grands moyens.

 

      Selon ce qui a été évoqué précédemment, la première chose à faire serait de limiter le nombre de chiots en présence. Personnellement, au-delà de quatre, j’ai l’impression de faire un cours qui manque de contenu ou néglige des individus. Avec trois, je me sens à l’aise. En club canin, à moins qu’il soit tout neuf ou sur une toute petite commune, ce nombre d’inscrits par éducateur est utopique. Mais disons qu’à six chiots, c’est encore acceptable. Plus le nombre de chiens est petit, plus l’accompagnement est conséquent, donc plus les duo homme-chien ont de chances de progresser. Comme nous l'avons dit, il conviendrait aussi d'adapter le nombre chiots acceptés à la taille de la zone de travail ; mettre six chiots dans une pièce de 30m², c'est s'assurer de l'agitation et des gémissements de frustration.

 

      La deuxième, ce serait évidemment de ne pas lâcher ces petits bouts, pour les raisons décrites plus haut. Aucun lâcher n’est obligatoire pour proposer de la détente si le terrain est assez grand pour que les personnes puissent venir avec une longe de 3 à 5m ; il suffit que chacun prenne de la distance et aille « se promener » deux minutes, quitte à sortir de l’enceinte pour gagner en espace pour chacun. Ce n’est pas du temps perdu : c’est du temps nécessaire qui permet au chiot de décompresser, tout en travaillant quand même qu’on ne tire pas sur sa longe et qu’il est plus intéressant de se concentrer sur l’humain qui félicite que sur les copains inaccessibles. Quand, de mon côté, j’ai commencé à demander aux gens de laisser découvrir le terrain dix minutes en suivant leur chiot tant qu’il ne tire pas, quand je les ai invités à s’asseoir par terre (ou sur un support au besoin) pour récompenser le fait que leur chiot reste tranquille à leurs pieds, j’ai eu peur que les clients ne se plaignent de ne « rien » faire, de ne « rien » apprendre. J’étais moi-même conditionnée aux enchaînements d’exercices d’obéissance sans pause, ce qui me faisait culpabiliser de ne « rien » proposer sur des périodes de cours. Mais si l’on explique aux gens pourquoi on leur demande de faire cela, ils se prêtent aux jeu sans souci. Si on leur explique que cela leur servira quand ils seront en pique-nique en famille, en rassemblement entre voisins ou simplement arrêtés à discuter dans la rue, ils comprennent en quoi il est important et même essentiel de féliciter le chiot qui parvient à ne « rien » faire.

      Pour en revenir à nos moutons, à savoir la gestion de la socialisation en cours de groupe, il y a deux choses à savoir :

  1. Depuis que je fonctionne ainsi (pas de contacts entre chiots mais avec des adultes qui s'en fichent), « mes » chiots et adolescents en suivi sont de bien meilleurs communicants au moment où surviennent des contacts de façon générale : ils sont plus rapidement matures, plus respectueux des demandes d’arrêt d’autrui, moins excités en présence d’autres chiens, même mobiles. Ils sont parallèlement largement encouragés quand ils s’intéressent au monde olfactif qui est le leur, grandement félicités pour leurs premiers marquages qui font partie de la communication !

  2. Si l’on tient à proposer des interactions pendant les cours – cela peut être réellement intéressant de commenter une communication entre chiens à des propriétaires – il vaut mieux le faire avec seulement deux chiots de gabarits similaires, en laissant une longe traîner à celui qui semble le plus motivé dans les contacts. Cela peut permettre d’enseigner aux personnes en présence quand un chien est consentant, quand il ne l’est plus, quand il faut intervenir au besoin, comment le faire et quand rendre la liberté à celui qu’on a retenu (car il ne tenait pas compte de la demande de son semblable). C’est ce que j’aurais aimé proposé à mon club, au moment où nos discours éducatifs ne s’accordaient plus, pour trouver un terrain d’entente sur cette façon de travailler la socialisation, sans débordement.

 

      Enfin, je crois qu’il faudrait revoir les contenus des cours. Dans beaucoup de structures, les séances consistent en une suite d’exercices qui n’apprennent pas forcément aux chiens et à leurs humains les choses utiles de la vie : en résumé, être tranquille à la maison et intéressé par l’humain en extérieur, sans leurre... On m’a déjà raconté que des élèves modèles sur le terrain était de véritables monstres chez eux ou en promenade ; c’est le problème du conditionnement dans les exercices d’obéissance, surtout s’ils sont répétés sans changement de terrain et c’est le cas la plupart du temps. Aujourd'hui, je ne comprends plus qu'on enseigne aux gens que "assis", "couché", "pas bouger" fassent parties des essentiels. Je ne comprends plus qu'on utilise une croquette pour faire marcher au pied en leurre pendant deux, trois quatre, cinq minutes, durant des mois (pour que ce même chien soit parallèlement incapable de marcher en laisse sans tirer dans la rue). Je ne comprends pas qu'on place des chiots à 50cm les uns des autres, en laisse tendue, pour faire une barrière que devra franchir un autre chiot qui arrivera en courant, pour retrouver son humain caché derrière, ce qui finira d'exciter les autres. Je ne comprends plus qu'on puisse dire qu'on ne donne pas une friandise à un chien qui n'a pas obéi à quelque chose. Je ne comprends plus qu'on demande de donner des récompenses moins souvent, sans même avoir évacué le leurre. Je ne comprends plus le principe du dressage pour éduquer, finalement. Obéir aux commandes "assis"/"couché", suivre une croquette du nez pour marcher, revenir au rappel dans un schéma conditionné, ce n'est pas ça, l'éducation. Un éducateur devrait insister sur l’importance de répondre aux besoins du chien avant toute chose, expliquer comment nouer une relation de confiance aux travers d’exercices de proprioception (non leurrés, là encore) et de jeux bien menés, comment anticiper les « mauvais » comportements du quotidien, comment fonctionne une récompense efficace etc. Et s’il ne sait pas répondre à une question – car il en a le droit s’il est bénévole –, il devrait le dire et chercher la réponse ou rediriger la personne vers une autre source d’information.

      Par ailleurs, un cours collectif n’implique pas forcément de faire faire la même chose à tout le monde, contrairement à ce qui se fait généralement. Les chiots ne sont pas égaux en terme de capacité d’apprentissage/de concentration, d’adaptation au milieu, de résistance à la pression, et leurs humains non plus ! Je pense qu’il est essentiel d’expliquer en amont, avant même que le chiot ne vienne à son premier cours, que les exercices ne seront pas forcément les mêmes pour tous, car le but est de mettre en réussite chaque chien, à son niveau personnel de développement. La personne à qui on va demander de se poser 2min avec son chiot, à dix mètres du groupe pour le récompenser de son calme, pour ensuite aller marcher 5min un peu plus loin, elle n’est frustrée que si elle ne s’y attend pas, si elle ne comprend pas pourquoi on lui demande d’agir ainsi. Elle n’est frustrée que si elle pense qu’on la laisse de côté, pas si on l’a convaincue que c’était justement ce dont son chiot avait besoin, pour ensuite être capable de se rapprocher du groupe, de faire des exercices au milieu du groupe. Et admettons qu’on veuille travailler sur la conscience du corps et le courage des petits loups : certains seront des fonceurs qui manqueront de se casser la figure sur la petit agrès (et seront retenus par leur humain, ce qui est bon pour la confiance du chiot dans son binôme), tandis que d’autres peineront à poser une patte dessus. Pourtant, tous les deux mériteront qu’on les félicite chaleureusement et qu’on respecte leurs limites. C’est pourquoi, grâce à Yannick Thoulon de Canissimo, je n’utilise plus de leurre à la friandise pour obtenir un effort envers un objet.

En tant que parent de chiot, comment savoir si je fais fausse route ?

      D'abord, si vous vous rendez à un cours où l’on vous enseigne que vous êtes le chef, que le chien ne doit pas remettre en question votre autorité, qu’il vous teste pour savoir qui est le meneur, que par conséquent vous devez manger avant, passer avant, être le seul dans les espaces de confort en hauteur etc., vous devriez prendre vos jambes à votre coup, car tout ceci n’a aucun sens et n’est clairement pas la clé du succès en éducation.

      Que vous fassiez appel à un club ou à un professionnel, essayez de garder un œil critique sur ce que l’on cherche à vous enseigner : avez-vous besoin que votre chiot sache enchaîner des positions avec une friandise sous le nez si votre souci est qu’il vous retourne la maison ? Avez-vous besoin de l’emmener jouer comme un fou avec les autres, s’il ne sait déjà pas lâcher la grappe à son vieux congénère, peu mobile, à la maison ? Avez-vous besoin qu’il marche au pied sans poser le nez au sol pendant plusieurs minutes ? Avez-vous besoin qu’il obéisse à vos ordres ou soit simplement capable de se comporter comme vous l’attendez ? L'éducateur peut-il justifier de l'intérêt de l'exercice si vous en être curieux ou ne le voyez pas vous-même ? C’est ce genre de questions qui doit vous faire choisir une « école », une manière d’aborder le chien et son éducation – en tout cas, tant que l’on ne vous invite pas à faire peur ou mal au chiot pour répondre à un problème.

       Faites aussi attention à l’attitude de votre chiot dans le groupe, lors d'une séance d'essai : est-il capable de prendre les friandises proposées ou les ignore-t-il, même si vous lui présentez du jambon, des saucisses ? Vous regarde-t-il régulièrement ou est-il obnubilé par les distractions autour ? Peut-il rester près de vous avec sa longe détendue s’il a régulièrement des récompenses ou sa laisse est-elle pratiquement toujours en tension ? Est-ce que cela est beaucoup mieux à la fin du cours ou ses comportements sont toujours aussi intenses, peut-être même plus ? Ce sont des signaux qui doivent tirer la sonnette d’alarme et vous faire vous interroger sur la possibilité de changer de format de cours, pour progresser sereinement, surtout si personne ne cherche à vous venir en aide, en vous conseillant une prise de distance, au moins temporaire.

      A présent, je suis persuadée que les cours en club – pour leur majorité en tout cas – ne sont avant tout pas adaptés à tous les individus canins. J'ai suivi un petit braque de quatre mois qui était déjà ultra intense dans les propositions d'exercices chez lui ; je n'ose imaginer ce que cela aurait pu donner sur un terrain inconnu avec un tas de gens et chiens autour... Pourtant, aujourd'hui cet ado peut aller en cours avec un autre chien et réussir à se concentrer, à réfléchir à ce qu'on attend de lui.

     Il faut un chiot particulièrement stable, résilient, solide dans son corps et sa tête, peu émotionnel, pour qu'il ressorte grandi (ou intact) de ce genre d'expérience(s). Un chiot sensible à son environnement, facilement excité ou à tendance craintive ne devrait jamais se retrouver au milieu de classes pleines à craquer qui risquent fort de développer sa réactivité (au mouvement, à l'excitation, aux congénères, voire aux humains). Les chiens de berger, de terrier et certains chiens de chasse font de particulièrement mauvais candidats pour ces écoles - et pourtant ce sont eux qu'on veut aller éduquer au plus vite pour qu'ils soient obéissants. C'est le serpent qui se mord la queue.