10 trucs et astuces pour
flinguer son rappel
Valable pour tous les niveaux ! Allez vite chercher votre carnet de notes 👌
Vous rêvez de laisser Fifi parcourir (emmerder) le monde comme M. Inconscient et Mme A l’Ouest ? De vous aussi vivre aux côtés du bien connu « gentil chien » qui perturbe la faune sauvage, ennuie les promeneurs, inquiète les joggeurs, bousille joyeusement le travail mis en place par un autre duo humain-chien ? Alors adoptez ces mantras :
1. Considérer que le chiot de deux mois qui évolue proche et revient hyper vite est un acquis (et un dû)
Le chiot qu’on vient d’arracher à tous ces repères n’a plus que son nouveau « bourreau » (oui, c'est nous) à qui se rattacher et se fier. C’est pourquoi tant de bébés chiens suivent parfaitement, n’osant pas s’aventurer dans des lieux inconnus, et donnent l’impression que la longe n’est/ne sera pas nécessaire. Très distractible et facile à amuser, le chiot revient généralement avec envie et sans latence quand on le sollicite, pourvu qu’on sache y mettre un peu de ton et des formes. Il n’a même pas besoin de récompenses autres qu’une voix joviale, quelques caresses ou une petite bagarre improvisée pour que le rappel fonctionne, parfois même face à d’autres sources d’intérêt.
Certains humains s’enorgueillissent de cette « réussite » (dont ils ne sont pas vraiment responsables) et pensent que le chiot a appris à rester proche et/ou à revenir efficacement. Mais quand viennent la confiance et le désir exploratoire qui grandissent avec l’âge, quand les centres d’intérêt se démultiplient, Fifi n’est plus si discipliné. Il serait tentant de penser qu’il se moque de nous, mais il évolue tout simplement très normalement auprès d’un gardien qui n’a pas toujours su profiter de ce que le chiot proposait pour renforcer ces attitudes.
La fiabilité du rappel se construit sur des années, pas quelques semaines. Oui, même avec toi, Mme Au Carré.
2. Lâcher son chiot dès que possible pour qu’il « socialise » avec le reste de l’univers
Beaucoup pensent encore que le contact avec autrui est ce qui sociabilise le chiot. Il faudrait qu’il rencontre plein de personnes, voire se fasse allègrement papouiller, pour être avenant envers l’humain. Dans la même logique, il faudrait qu’il joue avec tout un tas de chiens pour « avoir les bons codes » et (tous) les aimer. On se trompe d’objectif : le chien n’a pas besoin de mourir d’envie d’aller voir tout le monde pour être intégré à la société (la neutralité face à l’inconnu est préférable*). Bébé Fifi a en revanche besoin d’apprendre à communiquer avec les espèces qu’elle devra côtoyer, à les respecter, à condition qu’on la respecte dans ses demandes, elle aussi.
Laisser son chien aller à la rencontre de chaque passant ou chien (ou poule, ou poney…) n’est pas une bonne idée. S’il est possiblement bien accueilli en tant que chiot, il ne le sera plus ensuite. Devant trop de proximité avec les autres espèces, il pourrait par ailleurs réveiller des instincts de poursuite très motivants. Il risque fort de devenir un jeune adulte très frustré, peut-être même en colère, quand il ne pourra plus aller saluer/pourchasser qui il veut quand il veut.
L’équation est simple : plus les autres ont de la valeur, moins le rappel en a. C’est vrai même pour toi, M. Bisounours.
3. Penser que Fifi n’apprendra pas à revenir s’il n’est pas détaché
Qui ne s’est pas retrouvé face à un chiot lâché qui vous fonce dessus et dont le propriétaire vous dira en venant le chercher avec un sourire à peine confus : « c’est un chiot, il est en train d’apprendre... » Oui, Madame à l’Ouest, il est en train d’apprendre à ignorer tes demandes de retour, tout à fait.
Apprendre le rappel, c’est apprendre à renoncer au reste pour choisir son gardien. Le jeune chien qui, quel que soit son âge, a déjà une préférence nette pour les autres humains, les copains, les papillons, l’eau, tout ce qui bouge etc. ne devrait JAMAIS être en liberté dans des lieux où il peut choisir ce qui nous fait concurrence, surtout si on compte sur nos « Fifi, au pied, au pied, au pieds, non, viens, au pied » pour le détourner efficacement.
Tenter de rappeler et être en échec ne devrait idéalement pas arriver. Donc la longe est ton amie, Madame A l’Ouest.
4. Le rappeler pour tout et n’importe quoi vingt fois par balade
Cela pourrait être la tendance de plusieurs types de personnes : le profil hyper contrôlant (par simple besoin autoritaire ou par stress) et le profil hyper impliqué dans l’éducation et qui veut trop bien faire (qui d’ailleurs peut être stressé lui aussi).
Le premier va rappeler pour asseoir son autorité et vérifier que Fifi est toujours à l’écoute. Il pourrait vite se casser les dents (ou casser psychologiquement la petite Fifi), car il ne cherche même pas à rendre son rappel intéressant. C’est comme ça, c’est tout : Fifi doit rester à sa place de chien et obéir. C'est son rôle, être fidèle quoi qu'il arrive. Chapeau bas M. Gros Bras Cerveau Mou.
Le deuxième profil est simplement angoissé. Il veut donner de la liberté à son chien pour son bien-être mais ne réalise pas qu’il l’en prive en étant constamment sur son dos, de peur qu’il fasse un « mauvais » choix ou qu’il lui arrive quelque chose. Relax Mme Anxieuse : tu peux garder Fifi en longe ! Bien gérée, Fifi profitera quand même (bien mieux) de ses sorties.
Le troisième a lu des tonnes d’articles et livres, suivi des méthodes en ligne qu’il applique scrupuleusement, voire travaille avec un éducateur. Il est conscient des limites actuelles de son chien et essaie d’y pallier. Alors il s’entraîne. Il entraîne. Beaucoup. Un peu trop. Pas toujours au bon moment. A vouloir être efficace et obtenir un super rappel, il saoule son chien qui ne prend pas de plaisir dans l’exercice. Dommage M. Parfait, l’intention est bonne mais pas réellement productive.
5. Ne jamais le solliciter en promenade parce que c’est « son moment »
Eh oui, l’antithèse de la sollicitation quasi permanente n’est malheureusement pas plus préférable.
Comme de nombreux professionnels ont mis en avant les besoins du chien ces dernières années (et c’est bien !), on a pu tomber dans une sorte d’extrême où Fifi, constamment « brimée » chez elle parce qu’elle a peu de choix dans son quotidien, doit à tout prix faire tout ce qu’elle veut en balade : déterminer le temps de promenade, le parcours, le rythme, sans que l’humain – muet de préférence - ne fasse rien d’autre que veiller à sa sécurité. Ce type de balade n’est pas un mal en soi, au contraire, mais toutes les sorties du chiot et jeune chien ne peuvent se dérouler ainsi. En tout cas, pas si son gardien espère un jour pouvoir le lâcher (et avoir du rappel).
Ne partager aucun moment de connexion, de jeu, de concentration, de véritable interaction dans la proximité, ne permet ni à l’humain de gagner en valeur en extérieur, ni au chien d’avoir envie d’autre chose que scanner l’environnement. Difficile de motiver Fifi à revenir, dans ce cas, hein Mme Fais Ta Life...
6. Se promener uniquement en forêt et dans les champs
Évidemment, c’est d’autant plus tentant quand c’est ce dont on dispose en franchissant notre portail. Le problème de ces environnements, c’est qu’ils donnent facilement le goût de l’activité prédatoire (ou le renforce sans arrêt). Peu ou moins fréquentées, ces zones n’alimentent pas l’attrait du chien pour les prises d’informations sociales. Riches en odeurs de gibier, en revanche, elles entraînent Fifi à chercher des animaux avec son nez et ses yeux. En plus, Fifi est souvent en liberté, dans ce genre d’endroits… Les conditions idéales pour obtenir un chien qui fait de plus en plus sa balade en autonomie ! Or, s’il y a bien un rappel qui est difficile à obtenir, c’est celui sur élan prédateur. Le comportement est tellement instinctif et dopant que le chien devient facilement hermétique à tout le reste, quand il est en action de chasse.
Moralité : emmener son jeune poilu en longe pour qu’il développe d’autres centres d’intérêt dans des zones moins rurales permet d’éviter que ses instincts ne prennent trop le dessus et fera de lui un animal plus social (qui aura plus de chance de répondre au rappel même en forêt sur le long terme). Alors on se motive et on prend sa voiture pour aller au parc dès que possible, M. Team Campagne Profonde. Mais si t'aimes pas les gens, tu peux y aller en heures creuses - c'est même encore mieux pour favoriser l'exploration environnementale calme !
7. Utiliser le mot de rappel en cours d’entraînement sur les causes perdues
Vous savez pourquoi Sangha a un rappel de plus en plus fiable ? Parce que son historique de retour demandé sur des situations extrêmement simples est au moins vingt fois supérieur à celui des rappels nécessaires. Pour dire les choses simplement, dans l’immense majorité des cas, quand je sollicite Croco avec un des signaux appris, c’est à la fois rare, facile et hyper gratifiant. Ainsi, mes codes de rappel sont profondément liés à une réaction émotionnelle et plus à un processus cognitif (surtout celui au sifflet), ce qui veut dire qu’il court-circuite le reste quand il est entendu, me donnant de bien meilleures chances de réussite.
Trop de personnes utilisent leur rappel essentiellement quand elles en ont besoin et sans même avoir cherché à lier leur signal à quelque chose de viscéralement positif chez leur chien. Forcément, dans ce contexte, le temps abîme la réponse à la demande, n’est-ce pas, Mme Au Pied Viens Ici Non Stop ?
8. Croire que récompenser avec une saucisse ou une baballe est suffisant
Depuis que l’éducation positive est plus largement plébiscitée, de nombreux gardiens sortent avec des friandises et des jouets pour pouvoir récompenser les bonnes réponses de Fifi. Ainsi, on pense que parce qu’on gratifie le chien d’un bout de jambon quand il répond au rappel, on le récompense et donc renforce son comportement. Malheureusement non : si ce que je donne à Fifi a moins de valeur à ses yeux que ce à quoi elle a renoncé, le comportement « revenir au signal » n’est pas rendu intéressant, voire entraîne une punition (avoir renoncé pour pas grand-chose) qui mènera Fifi à produire de moins en moins le comportement souhaité.
Pour que le comportement soit renforcé, il faut offrir au chien en apprentissage mieux que ce qu’il faisait ou projetait de faire. Cela implique d’avoir conscience de la valeur de nos félicitations, de nos propres agissements (s’accroupir, courir, faire une voix très aiguë…), des friandises et/ou jouets qu’on utilise, par rapport à différents stimuli. Et surtout, en lien avec le point précédent, cela oblige à entraîner le signal dans des contextes extrêmement simples, sans aucune distraction, afin de créer une vraie association positive entre ce dernier et les conséquences du retour. Donc, M. Parfait, ne donne pas ton signal quand Fifi est occupée, même si tu as du steak dans les poches.
9. Penser que l’entraînement au rappel suffit à avoir un chien qui revient (là, maintenant, pas dans 30sec et encore moins 5min)
Faire en sorte qu’un signal soit rendu attractif pour le chien (et efficient, donc) est loin de suffire face à la réalité. Le rappel englobe tout un ensemble de compétences canines, dont le renoncement et la motivation à partager avec l’appelant, mais aussi et surtout humaines, puisque le gardien doit savoir...
➥ quand et où il peut détacher Fifi, ou se permettre de lâcher sa longe,
➥ quand il doit la reprendre, de quelle façon, en fonction de ce qu’il lit du chien,
➥ comment se rendre intéressant,
➥ comment doser et adapter son entraînement selon l’animal qu’il éduque,
➥ déterminer quoi proposer pour donner envie au chien de le choisir (et cela peut varier selon l'expérience et les contextes),
➥ se taire, communiquer avec son corps, suggérer des déplacements, des attentes, des retours, sans rien imposer verbalement à Fifi,
➥ lâcher prise, donner sa confiance, même si rien n’est jamais sûr à 100 %,
➥ mais aussi évaluer une prise de risque trop grande et renoncer à donner la liberté à tel moment ou sur telle sortie.
C’est la prise en compte de tous ces paramètres (de « travail pur », d’évaluation du contexte et de gestion de l’environnement) qui permettra qu’un entraînement devienne probant dans la vraie vie. Ca va le faire, Mme Appliquée, pas de panique ! Mais rappelle-toi que c’est le travail de plusieurs années, pas de 21 jours…
10. N’avoir aucune nuance de demandes selon les cas
Je trouve un peu dommage d’avoir un seul et unique code pour demander un retour (ou de décrocher de quelque chose, finalement, car c’est ce dont nous avons le plus souvent besoin). En effet, la vie est pleine de nuances et le caractère plus ou moins urgent de la demande devrait être pris en compte. Il n’est pas question d’avoir plein de mots de rappels qui sont plus ou moins obéis, mais de disposer de plusieurs niveaux de rappel, avec chacun leur degré « d’urgence ». Ainsi, un « tu viens me voir ? » pourrait signifier au chien que l’humain attend son retour mais que rien ne presse (si le chien est en train de renifler quelque chose, par exemple), un « tu peux venir » pourrait rappeler au chien que le retour à son gardien est une option (dans une situation dure à gérer, comme lors d’une interaction tendue avec un congénère), un « par ici » pourrait demander à Fifi de revenir sur le chemin, alors qu’un coup de sifflet entraînerait un abandon immédiat de la tâche en cours pour revenir le plus vite possible.
A ceci s’ajouteraient idéalement des consignes variées qui permettent de ne pas demander un retour alors que ce n’est pas réellement ce dont on a besoin, comme « on avance », « on laisse passer », « on fait demi-tour » etc.
Utiliser différents codes sonores et/ou gestuels me semble opportun en considérant le fait qu’il ne faudrait pas utiliser un « vrai » rappel tous les trois-quatre matins. Alors, M. Goût du Détail, convaincu ?
Margot Brousse ~ Freed Dogs
Article rédigé en septembre 2026
