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Le rappel
et ses nuances

    Pour beaucoup d’humains, « avoir du rappel », c’est obtenir une réponse à une sollicitation vocale ou à un son. Cela ne nous dit rien sur la latence (le temps qui s’écoule entre la demande et la réponse du chien), ni sur la vitesse du retour (combien d’énergie et de motivation manifeste le chien quand il revient) et encore moins sur le contexte (de nombreux chiens « ont du rappel » au milieu de rien, mais plus du tout face à une source d’intérêt, ce qui n’empêchera pas certains gardiens de clamer que leur chien « revient bien », parce que, la plupart du temps, il n’y a pas de concurrence en face).

    En réalité, un rappel fiable, enjoué et immédiat est quelque chose de difficile à obtenir, d'abord parce que la réussite est en partie conditionnée par la race, la lignée et le tempérament de l’individu, en plus de son expérience, ce qui veut dire que nous n’avons pas forcément toutes les cartes en mains pour décrocher un rappel extraordinaire (même avec les bonnes techniques d’entraînement et avec une gestion environnementale appropriée).

    En effet, concernant l’apprentissage, on est très loin du simple fait de valoriser les réponses de Toutou avec un bout de fromage donné en main quand il arrive. En tant qu’éducateurs.trices, nous pourrions citer des dizaines de noms de poilus qui sont loin d’avoir un vrai rappel, malgré le fait qu’on les ait toujours récompensés à la nourriture.

    Un rappel efficace passe selon moi par les nuances. Ne pas avoir un seul mot de rappel (qui doit être obéi à la seconde tout le temps), ni même un seul moyen de faire revenir, pouvoir choisir comment rappeler (et si on rappelle) selon les situations, c’est s’offrir de belles perspectives de résultat.

 

Le rappel silencieux, le plus précieux de tous

 

    Nul n’a un meilleur rappel que l’humain qui n’en use pas à tort et à travers. Je dirais même plus : l’efficacité du rappel « classique » provient beaucoup de la capacité du gardien à rester silencieux la majorité du temps.

    Le chien dirigé vocalement (attends, stop, non, laisse, au pied, devant…) et celui qu’on ramène vers nous inutilement (Toutou part sur le sentier de gauche et l’humain appelle car il part à droite / au lieu de s’écarter au large face à un congénère en face que notre chien analyse calmement, l’humain avance et pousse ainsi Toutou à y aller pour finalement le rappeler) devient vite blasé des consignes humaines et finit par faire le sourd de plus en plus régulièrement.

    A l’inverse, quand nous communiquons par nos déplacements, nos postures, nos arrêts, non seulement le chien devient plus attentif, mais il est aussi bien plus impacté par une demande de retour ouvertement formulée.

    Que faire au quotidien ?

  • S’arrêter sans rien dire et si possible s’accroupir, une ou deux fois par sortie. Féliciter le moment où le chien nous regarde, ce qui souvent ramène Toutou vers l’humain qui peut alors renforcer ce comportement, de préférence en faisant chercher les friandises au sol tout près de soi. LE jeu hyper simple et très efficace avec les chiots !

  • Changer de direction sans parler. Sans chercher à se cacher, à « perdre » le chien, ne pas l’informer vocalement de tout l’oblige à rester connecté à nous. Manifester son contentement quand il nous rejoint est important.

  • Féliciter quand le chien attend, se tourne vers nous, qu’il revienne ou pas. Son attention spontanée ne devrait jamais être ignorée ou tenue pour acquise.

  • Intégrer une forme de demande silencieuse ? Pour moi, c’est profiter d’un regard pour tendre la main sur le côté. Celle-ci invite à revenir la toucher pour obtenir la récompense. Si le comportement a été bien valorisé en amont, un chien attentif va se précipiter sur l’occasion.

 

Le retour suggéré

 

    Il est question ici d’avoir un code qui propose au chien de revenir à l’humain, sans aucune obligation. Si cet enseignement ne semble pas être impératif, il peut pourtant sortir le chien d’une situation devant laquelle ce dernier ne saurait pas faire un choix pertinent en autonomie.

    Par exemple, de nombreux jeunes chiens (notamment de bergers) se mettent à s’agiter ou à courir autour d’un individu qui les met mal à l’aise. Ils déchargent le trop plein émotionnel lié à la rencontre par l’agitation (spoil alert : ce n’est PAS du JEU !). Cette réaction peut amener l’autre chien à s’exciter lui aussi, voire à tenter de stopper le mouvement du jeune – rien de mieux pour augmenter l’inconfort. Intégrer ici un rappel suggéré (longe à l’appui pour éviter que le mouvement alimente l’excitation et la perte de contrôle) peut apprendre au chien à choisir de revenir vers l’humain quand il n’est pas à l’aise au lieu de partir « en vrille » et de se retrouver plus encore en difficulté.

    C’est au moins aussi important et efficace pour le chien qui aurait tendance à se figer, à prendre sur lui et potentiellement à exploser quand l’interaction dure trop longtemps. En tant que mâle entier sensible, Sangha n’aime pas que d’autres garçons, surtout entiers, viennent à sa rencontre physiquement. Lui proposer de revenir (pour être en sécurité, car je vais empêcher l’autre chien d’insister) m’a permis plusieurs fois d’éviter une bagarre. De lui-même, en alerte et très tendu, Sangha ne sait pas faire demi-tour, mais mon option de retour le ramène dans une réalité connue et gérable, où chaque renoncement a été un soulagement.

    Cette forme de rappel peut donc aider le chien en lui rappelant qu’on va le soutenir, que revenir lui est profitable face à la difficulté. Mais s’il juge qu’il n’en a pas besoin, le retour n’a pas forcément lieu.

 

Le mode « cool Raoul »

 

    Pour le coup, il n’est pas indispensable. Plus exactement : un code précis pour demander l’action ne l’est pas. L’idée serait d’avoir une formule pour demander un retour mais sans enjeu de timing. On pourrait dire « tu viens me voir ? » au chien qui est en train de renifler/marquer puis attendre qu’il se décide à revenir, parce qu’on voulait le rattacher mais qu’il n’y aucune urgence. Ce serait pareil dans le jardin pour qu’il vienne mettre son harnais ou pour le faire rentrer, sans pression.

    Personnellement, j’ai tout un tas de formules en fonction des cas, mais je me sers encore plus souvent de l’attente silencieuse qui ramène très vite mes poilus vers moi, surtout si je me rapproche du sol. Si j’utilise le « tu viens me voir ? » comme générique, j’explique plutôt à mes chiens pourquoi il faudrait qu’ils reviennent : « on enlève la laisse ? », « On met le harnais ? », « Tu veux que je l’enlève ? » (la terre dans la bouche du russell, l’herbe coincée dans l’anus…), « Tu veux que je lance ? » (la balle) etc.

    Le chien apprend la valeur du code (ou des expressions) par la répétition ; il n’y a rien de spécial à travailler.

 

Le rappel « classique »

 

    C’est celui que tout le monde essaie de mettre en place, avec plus ou moins d’investissement et de succès. L’objectif : avoir un code fonctionnel (retour sans latence et rapide dès la première demande, dans 90 % des cas/contextes).

    Des ouvrages entiers traitent du sujet – donc ce n’est pas en quelques paragraphes que vous aurez toutes les clés d’un apprentissage idéal – mais dans les grandes lignes, il s’instaure avec :

  • Une bonne connaissance de son chien : quelles sont ses préférences en terme de renforçateurs (récompenses qui augmentent l’apparition du comportement), ses sensibilités, ses prédispositions génétiques...

  • Un renforcement régulier des comportements d’attention spontanée envers l’humain en extérieur,

  • Des sollicitations plaisantes et normalisées en balades (jouer à tirer, poursuivre, chercher…), sans tomber dans la sollicitation permanente : le chien doit pouvoir explorer, aller et venir, observer, prendre son temps, choisir où aller régulièrement etc.

  • Un apprentissage du code qui se déroule hors difficulté (la demande n’intervient que quand on peut parier 50€ qu’elle va marcher du premier coup et procurer de la joie chez le chien, donc seulement dans un contexte d’exercice au début)

  • Aucune capture en force : pas de prise rapide au harnais ou de remise de laisse sur un chien fuyant, qui se débat, aurait voulu se soustraire à la main. Capturer et maintenir garantit une perte de confiance pour la suite et bonjour l’enfer pour récupérer Toutou au besoin en peu de répétitions !

  • Des erreurs très limitées dans le domaine (un rappel ignoré ou tardif = une erreur). La longe est notre amie pour ne pas devoir rappeler dans le vide !

  • Un contrôle de la liberté offerte (ou non) en fonction des lieux de promenade, pour éviter les erreurs, justement. On ne lâche pas le berger qui démarre sur tous les chats dans un quartier où il y en a. On ne lâche pas le chien qui piste systématiquement quand il est en forêt dans les bois.

  • Et beaucoup de silence (actif) en règle générale, on l’a dit.

 

Un code d'urgence ?

 

    Je trouve intéressant d’enseigner un rappel très (très) rare qui servira pour les urgences uniquement. Après avoir travaillé une expression particulière liée à ma « fuite » en courant et à un lancer de jouet en avant, j’ai choisi d’instaurer un sifflet, car j’avais beaucoup de mal à reproduire le ton gai de mon rappel entraîné sur des situations tendues – ce qui rendait le super rappel peu utilisable.

    Le sifflet est naturellement stimulant pour le chien ; c’est un facilitateur. Nombreux sont les gens qui l’utilisent (avec une réussite temporaire, parfois assez longue) sans même l’associer à un renforçateur. Alors lié à quelque chose de fort pour le chien, il est l’outil parfait – à part quand on l’oublie chez soi xD

    Comment l’instaurer ?

  1. Interpeler le chien dans un endroit neutre alors qu’il n’est occupé par rien. Si Toutou est trop distrait en extérieur, on peut commencer dans la maison !

  2. Siffler au moment où il regarde vers nous (ou commence à se déplacer dans notre direction)

  3. Encourager vocalement pendant le retour

  4. Offrir une récompense de très très haute valeur (sa mastication préférée, friable et odorante, ou du léchage très goûteux dans une boîte, un sachet papier de friandises humides variées, un jouet très fort en valeur mais accordé seulement dans ce contexte, partagé avec la bonne énergie…)

    Là aussi connaître les goûts et instincts de son chien est très aidant : pour un chien gourmand qui adore dépiauter, offrir une mastication rare dans un sachet à détruire risque de toucher dans le mille. Pour un individu très branché contrôle du mouvement, partir en courant avec un long jouet à tirer qui traîne derrière soi devrait être probant. Pour Sangha, j’ai combiné les deux : j’attache un sachet de nourriture à une cordelette et je pars en courant avec une fois que j’ai sifflé. Il peut alors poursuivre, capturer, déchirer, consommer ce qui s’est répandu (il récupère ainsi du shoot d’adrénaline lié à la course).

 

    Dernière recommandation pour ce rappel : ne pas le répéter fréquemment. Je trouve qu’une fois par semaine est largement suffisant, pour faire avancer l’enseignement en profitant de l’effet « wahou, trop bien ce truc ».

 

    Toutes ces possibilités, toutes ces nuances m’offrent une grande sécurité malgré un dernier chien émotif et chasseur. Avec ce type de profil, surtout dans la jeunesse, il est peu vraisemblable d’obtenir un rappel parfait, sans subir aucun échec, mais je suis à l’aise avec ce que nous avons mis en place pour lui octroyer ma confiance dans plus de 95 % des cas.

    S’il fallait retenir qu’une seule chose de cet article, ce serait le fait que le meilleur des rappels reste celui dont on n’a pas besoin. Alors taisons-nous et agissons :)

 

Margot Brousse ~ Freed Dogs

Publié en avril 2026

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