Le medical training décortiqué
Les dessous de l'entraînement aux soins et autres manipulations
Accompagner des duos sur le sujet de l’entraînement aux manipulations et soins est une passion autant qu’une source de stress pour moi, je dois l’avouer. Je n’ai pas ce rapport au travail sur réactivité - mon premier pôle de coaching en clientèle – bien que la problématique puisse paraître plus impressionnante et risquée. La réactivité implique toujours le même schéma, donc touche aux mêmes compétences : gérer la longe, comprendre ce que dit le corps du chien, se déplacer en conséquence, savoir accompagner dans la décision. Le chien a besoin de temps et de distance pour analyser et, avec ou sans récompenses ajoutées (en friandises et/ou jeu), il va de toute façon progresser grâce au respect de ses besoins vis-à-vis du ou des déclencheurs.
Vous pourrez me dire « mais c’est pareil, en medical training ». C’est vrai : il est aussi question de temps (vraiment), de distance (parfois), mais aussi et surtout de « lecture » du chien pour savoir quand il se sent bien, quand il commence à stresser et quand on dépasse ses limites – ce qui ne devrait pas arriver en entraînement. Dans son rapport aux manipulations au sens large, le chien fait des progrès grâce au sentiment de sécurité, donc à une prise en compte de ce qu’il exprime, là aussi.
Pourquoi cet entraînement est un peu à part...
En fait, dans tout domaine d’apprentissage, que ce soit en sport canins, en éducation (jeux d’auto-contrôles, de connexion…) ou même en gestion de prédation, il existe des techniques qui comportent assez peu de variables. Quelques variantes sont possibles pour obtenir du résultat selon le profil du chien (explosif, timide, peu motivé...), mais, dans les grandes lignes, il n’y a pas trente-six façon de faire passer une barre à un chien ou d’obtenir du calme devant sa gamelle (en terme d’exercices purs, j’entends). En vérité, si, il y a plein de possibilités, mais elles pourraient toutes s'avérer fonctionnelles. A une plus grande échelle, le fondement du travail sur la prédation reste toujours le calme dans la fixation de la proie (mis en place pour tous les chiens de façon identique), mêlé à des jeux qui satisfont les désirs et besoins du chien et qui peuvent éventuellement montrer à Ronaldo « l’ami » des blaireaux que l’humain a de la valeur dans le système de chasse.
En medical training, il y a un nuancier extraordinaire de réactions possibles à un nombre conséquent d’approches envisageables. Et surtout : un grand nombre d'entre elles pourraient ne pas être probantes avec un individu donné.
Dans ma pratique, je vois que même des exercices qui semblent extrêmement banals suscitent parfois beaucoup de gêne sur un chien, même quelquefois sur un chiot a priori tactile. Par exemple, lors des cours, chaque duo humain-chiot essaie un jour le « Touche-Toutou » (ne le cherchez pas, le nom est de mon cru), un jeu qui consiste à associer des manipulations à du léchage sur tapis ou par le biais d’un tube. En résumé, l’humain entre en contact en zone neutre, comme l’épaule, et on permet au chien de lécher pendant la durée du toucher, avant que la rupture du contact n’entraîne le retrait de la nourriture. Eh bien vous n’imaginez pas le nombre de chiots qui ressentent un malaise même avec une approche douce et un bon timing ! Le corps peut être crispé, le tapis dévoré pour compenser la gêne ; le chiot peut même ne pas arriver à manger, décider de s’éloigner ou de grogner. A contrario, j’ai récemment suivi un jeune braque français d’un an qui venait juste de commencer ce jeu avec tube et qui a pu se faire vider des glandes anales pourtant inflammées sur la table du vétérinaire - tout en mangeant - après seulement quelques répétitions chez lui. Réussite fulgurante et improbable, au regard de l’historique que j’ai d’usage de cette technique. Mais tant mieux pour lui, son soigneur et sa gardienne !
Autre cas très courant : le rapport au harnais. S’il existe des individus qui sont neutres ou enjoués quand l’humain leur enfile le matériel, même sans précaution, beaucoup de chiens se figent (tête qui se détourne ou s’abaisse, oreilles tirées en arrière, lever d’antérieur, yeux plissés...), ou fuient carrément quand on leur présente l’objet, alors même que leur « parent » a parfois essayé d’utiliser des friandises dès le départ.
En fin de compte, quand il s’agit des manipulations et des soins, ce qui est une révélation de facilité pour l’un peut aussi être absolument inutilisable avec un autre, même avec le même gardien, même au sein d’une même fratrie de chiots. Je dirais que c’est le domaine où l’on voit le plus de variétés selon la personnalité et les expériences antérieures, donc qui requiert le plus d’observation et d’ajustements.
Pour 1. trouver la bonne technique pour CE soin avec CE binôme, 2. identifier à quel stade on commence selon la sensibilité de l’individu et 3. rendre autonome l’humain dans l’approche et toutes les étapes, il faut du temps, de la patience, différents essais de configuration aussi, parfois. C’est là que le stress entre dans la partie, notamment lorsque l’humain est en attente d’une réponse pratique et efficace parce que le problème peut lui paraître anodin.
Tout le monde peut se montrer empathique envers le chien à qui on doit poser des agrafes ou qui doit se tenir tranquille, à jeun, pendant une demi-heure d’échographie. En revanche, il est tentant de penser que le chien qui va se cacher quand on sort la brosse, montre les dents quand on veut l’essuyer avec une serviette, s’agite d’inconfort quand on veut lui mettre la laisse, se couche et fait contre-poids pour ne pas entrer dans la clinique ou encore tremble de tout son corps quand on lui coupe les griffes est un peu « drama queen ». Mais pour certains chiens, la brosse est un instrument de torture, la serviette est réellement inquiétante, la laisse fait véritablement peur, le cabinet vétérinaire est le pire lieu qui soit, le coupe-griffes est un objet atroce lié à tout un rituel profondément désagréable, physiquement et mentalement. Le chien ne fait pas de cinéma, mais comme la manipulation/le contexte semble très banal.e, comme de nombreux chiens la/le tolèrent sans problème (subissent, tolèrent ou acceptent, d’ailleurs ?), il faudrait que notre chien « s’y habituent » rapidement. Parce que la séance chez le toiletteur ou le prochain vaccin, c’est dans quinze jours. Ou parce qu’il a une otite et qu’il faut que les choses s’améliorent pour le soigner maintenant. Qu’on se le dise : c’est (très certainement) MORT.
Il arrive qu’on ait la chance qu’un petit tour de passe-passe (à utiliser très ponctuellement) résolve un problème ou améliore (temporairement) les choses, mais, bien souvent, le chien a un historique de stress important et il faudra en passer par des étapes vraiment simples (de son point de vue) pour ramener des émotions plus positives autour d’un outil, d’un lieu ou d’une manipulation. Inutile de préciser que le chien doit alors être en pleine santé pour s’entraîner, si ?
Pourquoi trouver l’angle et l’approche globale est déjà un obstacle ?
Parce qu’il faut d’abord savoir si on va agir avec des principes d’habituation, de désensibilisation et/ou de contre-conditionnement.
L’habituation n’est valable que pour le chien qui n’a jamais eu d’expérience négative avec le matériel ou la situation. C’est pour le chiot bien dans ses pattes qu’on emmène chez le vétérinaire seulement pour entrer, renifler, éventuellement monter sur la balance avec quelques croquettes. C’est pour le chien qui ne réagit pas quand on lui inspecte les doigts et qui n’a jamais eu aucune taille de griffes et qu’on décide de travailler pour rendre la coupe possible d’ici quelques jours à semaines. Selon ce principe, il faut bien noter qu’un chiot n’est pas naturellement flexible sur les manipulations, contrairement à ce que beaucoup pensent. J’entends souvent : « il a l’habitude, je lui touche les pattes depuis qu’il est bébé ». Et pourtant, le chien en question ne veut clairement pas qu’on examine ses antérieurs. Pour résumer : avec un chiot neutre sur une stimulation donnée, je la banalise en la répétant. A contrario, avec un chiot déjà sensible, la répétition peut aggraver la sensibilité. Direction la team de travail suivante !
La désensibilisation implique à l’inverse une gêne préalable du chien vis-à-vis de l’outil ou du contexte. Cette gêne peut être légère comme immense ; le point de départ ne seront simplement pas les mêmes, ni le temps qu’il faudra pour atteindre l’objectif, vraisemblablement. Elle concerne le chien qui a tendance à baisser la tête mais laisse l'humain la lui relever quand on veut lui faire avaler le contenu d’une seringue comme celui qui va se terrer sous le canapé et tremble dessous dès qu’on esquisse une approche du placard d’instruments liés aux soins.
Le contre-conditionnement est un outil possible en travail de désensibilisation. L’idée, c’est de changer l’émotion du chien au sujet d’un objet ou d’une manipulation grâce à quelque chose qu’il aime. Certains professionnels n’aiment pas l’utiliser, car il pourrait forcer certains de nos quadrupèdes à supporter des choses trop difficiles pour eux. En effet, si Toutou est raide-dingue de sa pâtée, il peut l’engloutir malgré un gros état de stress pendant les manipulations de l’ostéopathe. Au delà du risque que cela représente – car on peut facilement observer un effet « cocotte-minute » où le chien va prendre sur lui… jusqu’à partir sévèrement en vrille et devenir dangereux – le procédé est éthiquement discutable, en tout cas sur un soin non urgent et une situation amenée à se répéter.
On peut cependant lier désensibilisation et contre-conditionnement en respectant l’émotionnel de l’individu, à condition de savoir le « lire »… pour commencer par une étape confortable pour l’animal et progresser dans le bon état d’esprit.
Traitons des cas concrets autour du harnais.
𓃥 Elton a deux mois et vient d’arriver chez lui. Il n’a jamais porté de harnais.
Éléments importants :
✎ Pas de confiance créée avec la famille = manipulations potentiellement mal vécues, même si le chiot peut ne rien (avoir l’air de) manifester.
✎ Pas d’antécédent négatif avec l’objet mais aucune habituation à la sensation = pourra éventuellement être introduit facilement mais pas forcément bien supporté de suite.
➥ Elton devra être habitué à enfiler et porter le harnais. Selon ses sensibilités (pour passer la tête, accepter des manipulations autour de son corps, être à l’aise avec cet attirail bizarre), il faudra plus ou moins de temps. La nourriture sera certainement d’une grande aide à l’habillage mais pourrait ne pas suffire à faire oublier le harnais une fois enfilé. Il se peut qu’il soit intéressant de ne pas commencer ce travail immédiatement à son arrivée, s’il est réservé et peu à l’aise avec les contacts ou les nouveautés.
𓃥 Madonna a trois mois et vit depuis deux semaines dans sa famille ; elle est calme, tactile et adore son tapis de léchage quotidien. Ses éleveurs ont introduit le harnais et la laisse avant son départ, en prenant soin d’associer ces outils à des moments positifs comme l’heure du repas ou, plus tard, la sortie dans le parc de jeux où elle faisait des jeux de proprioception avec des friandises. Ils ont donné le harnais qu’elle portait chez eux.
Éléments importants :
✎ Assez peu de temps ensemble mais début de confiance possible avec une famille qui commence à la connaître = manipulations facilitées.
✎ Antécédents positifs avec le tapis de léchage = peut être utilisé directement comme aide.
✎ Travail a priori bien mené des éleveurs = antécédents positifs à l’enfilage et surtout au port d’un harnais.
✎ Harnais conservé = antécédents positifs à CET objet.
➥ A priori, la famille de Madonna doit seulement rester attentive aux signaux de gêne qui pourrait apparaître chez elle. Elle devra notamment laisser le chiot reculer si elle fait preuve un jour d’hésitation et a besoin de vérifier qu’elle peut soustraire à la situation, notamment au moment du passage de tête.
𓃥 Jagger a trois ans et on voudrait changer son harnais qui a fait son temps. Ce harnais était en lanières et le neuf est un modèle plus « plein ». Jagger était à l’aise dans l’enfilage et le port de l’ancien modèle.
Éléments importants :
✎ Nouvel objet avec aspect différent = selon le tempérament plus ou moins optimiste/pessimiste de Jagger, il pourrait mal accueillir la nouveauté.
✎ Matériel neuf avec des points d’appuis différents de ceux connus = sensations nouvelles auxquelles il va falloir s’accoutumer
✎ Chien à l’aise initialement avec le matériel = si le nouveau harnais tombe bien et est introduit à son rythme (en tenant compte de l’ouverture de col moins large lié au modèle), Jagger devrait bien tolérer le changement et cela pourrait être rapide.
➥ Jagger pourrait avoir besoin de créer un historique positif d’approche du nouveau matériel (s’il est peu confiant face à la nouveauté), de travailler un passage de tête confortable vu qu’il sera plus restreint, d’associer les nouvelles sensations de port à des choses positives via un usage de distraction alimentaire ou de jeu.
𓃥 Bono a deux ans, a été rapatrié de Roumanie à six mois et vit avec son gardien depuis un an. Comme tout chien des rues, Bono est très anxieux face à la nouveauté et sensible sur les contacts/manipulations. Son humain voudrait qu’il puisse porter un harnais pour qu’il ne risque pas de se faire mal quand il fait un départ brutal après avoir eu peur de quelque chose.
Éléments importants :
✎ Chien des rues = naturellement pessimistes, potentiellement distants et peu confiants.
✎ Un an de vie commune = un lien s’est tissé mais peut rester fragile, avec ce type d’individus.
✎ Pas de mauvais antécédents avec un harnais = plus facile comme point de départ.
➥ Bono va avoir besoin d’une longue expérience de désensibilisation qui serait accélérée par du contre-conditionnement à la nourriture. Cet entraînement pourrait prendre des mois et chaque étape devra être bien ancrée avant de passer à la suivante. La distraction alimentaire (le leurre) ne fonctionnera pas comme point de départ.
𓃥 Oasis a un an. Elle déteste enfiler son harnais (elle le fuit dès qu’on le prend en main). Il faut plusieurs minutes pour le lui passer. Son humain en a déjà changé deux fois, pour voir si d’autres modèles seraient mieux acceptés, en vain. Elle en a eu un en lanières, un très enveloppant et un qui s’ouvre au sol. Son gardien a déjà essayé d’utiliser de la nourriture pour attirer Oasis et faciliter l’enfilage, mais le procédé ne fonctionne plus.
Eléments importants :
✎ Antécédents négatifs avec plusieurs types de harnais = l’objet en soi est connoté négativement et risque d’être fui.
✎ Association négative possible à au moins un type de nourriture dans ce contexte = pourra être difficile d’utiliser la friandise.
✎ Méfiance créée involontairement via mauvais usage de la friandise = aucune technique de leurre possible.
➥ Pour continuer à sortir Oasis en harnais (si cela semble nécessaire), il va falloir en dédier un aux balades et un à l’entraînement (le moins détesté, de préférence), afin de ne pas nuire au travail entamé à chaque sortie. Le contre-conditionnement devra démarrer à la base : voir l’objet devra activer les zones du cerveau lié au plaisir chez Oasis (car juste de le voir à la distance souhaitée rapporte de la nourriture extraordinaire jetée au sol ou le lancer de sa balle favorite, par exemple). Tant que la chienne ne sera pas contente de voir ce harnais, à l’aise avec l’idée de s’en rapprocher, elle, aucun travail d’enfilage ne pourra être envisagé.
Pour chaque chien, si sensibilité il y a, il faudra identifier à quoi elle est réellement due, car un animal peut refuser l’enfilage...
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parce que l’objet en soi est inquiétant,
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parce qu’il est gêné par le frottement du harnais contre ses oreilles,
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parce que les lanières qui passent derrière ses coudes le gênent
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ou encore parce que les manipulations d’un humain qui se penche et oblige l’immobilité pendant l’attache est angoissant.
Nous avons abordé seulement cinq cas et on peut déjà mesure l’ampleur des réflexions qu’il faut avoir pour chacun et l’adaptation nécessaires . Puis... on ne parle que du harnais ! Il est certain que le rapport au brossage d’Oasis et Jagger est différent, tout comme la manière d’appréhender l’inspection des oreilles pour Elton et Madonna.
Finalement, ce qu’on souhaite travailler détermine en partie l’approche, grâce à l’historique du binôme et à la sensibilité propre à l’animal. Mais pour savoir par où on commence et ce qu’on utilise comme technique, c’est encore une autre histoire.
De quoi dispose-t-on comme outils, concrètement ?
S'il s'agissait seulement de mettre trois bouts de saucisses sous le nez de Toutou pour pouvoir lui mettre des gouttes dans les yeux, personne ne parlerait d'entraînement aux soins. Et s'il suffisait d'aller piocher dans le sachet de friandises après un nettoyage de plaie pour que le chien soit content de nous voir attraper le désinfectant la fois suivante, ça se saurait. Paroles, caresses, nourriture, jouet, rituels, tout peut avoir un intérêt, encore faut-il savoir comment gérer ces outils.
Est-ce qu’il vaut mieux utiliser de la nourriture donnée en continu (via Lickimat ou tube) ?
Est-ce qu’il est plus intéressant que des friandises soient données à bon rythme ou à plus d’intervalle ? Est-ce qu’il est préférable de les poser au sol ou de les donner en main ?
Est-ce qu’une mastication peut être pertinente comme distraction ?
Est-ce qu’il faut parler à Toutou ou non ? Pour noyer le poisson ou lui annoncer ce qui va se passer ?
Est-ce que les caresses ont un intérêt dans l’entraînement ? Dans la vraie urgence d'un soin ?
Est-ce qu’utiliser le jouet comme leurre (distraction) est plus sensé ? Est-ce qu’il faut que le chien le fixe ou l’ait en gueule pour commencer à agir ?
Est-ce qu’il faut entraîner une zone dédiée aux soins au préalable (plateforme, tapis...) ?
Est-ce que la présence d’une tierce personne présente un intérêt ?
Est-ce qu’il faut mettre en place un rituel autour des soins (moment, endroit, annonce, musique, coussin...) ?
Est-ce qu’il vaut mieux se passer de tout ça et profiter des moments d’état d’esprit zen du chien pour habituer/désensibiliser ?
…
La liste complète serait vertigineuse. Mais c’est aussi ce qui rend ce travail si riche et passionnant. Chaque individu aura un schéma plus fonctionnel pour les manipulations en général ou par types de soin.
NB : Plus le chien est entraîné de façon agréable pour lui, plus il devient flexible sur les techniques et les possibilités de distraction/récompenses. Avec Sangha, je peux aborder le passage d’un linge mouillé au vinaire de cidre et huiles essentielles (odeur nauséabonde pour le monde canin) de plusieurs manières : il peut être en train de lécher dans une gamelle, être en fixette sur une balle posée au sol devant lui, se concentrer sur un pot de croquettes à regarder et même simplement accepter le soin sans artifice autour car l’entraînement l’a rendu résilient.
Et l’humain dans tout ça ?
Une fois qu’on a compris ces premiers éléments, qu’on sait d’où on démarre et selon quel plan d’entraînement, il faut que ce plan soit accessible à l’humain, tant physiquement que cognitivement (et que ce dernier soit suffisamment patient, ce qui n’est pas toujours gagné).
On ne pourra probablement pas demander à une personne âgée de s’installer au sol devant le tapis de soin du chien, a priori. On ne peut pas non plus exiger de quelqu’un qui a souvent mal au dos qu'il reste dans une posture désagréable sur la durée. Et il ne faudrait pas attendre de quelqu’un qui a de gros soucis de coordination qu’il s’entraîne des heures sans chien pour que la mécanique d’entraînement lui soit enfin accessible.
Malheureusement pour nous, en medical traning, le timing a énormément d’importance, même dans l’usage d’une ressource comme distraction. Par exemple, si je souhaite utiliser le léchage pendant le brossage sur un chien qui est gêné par la brosse, il ne va généralement pas suffire de changer de brosse, ni de la mettre à l’envers pour toucher le chien pendant un temps, ni d’utiliser un mélange de caviar et de pâté de foie pour l’occuper. Si le chien a l’impression que la nourriture sert de prétexte à lui faire quelque chose qu’il ne cautionne pas, bien vite, le tapis de léchage deviendra un signal négatif entraînant l’évitement (ou le recours à l’agressivité).
La première chose que l’humain doit comprendre, c’est que l’objet, la manipulation, le soin ont pour conséquence la « récompense », et pas l’inverse. Quand je sors du jambon du frigo, que Elvis accourt pendant la découpe, en salive d’avance, puis que je sors les compresses et la lotion, je construis une potentielle méfiance du jambon (voire une fuite parce que jambon = truc pourri à venir). Si, en revanche, Elvis me voit sortir les produits puis attraper le jambon, ceux-ci prennent une connotation positive, car le chien anticipe les friandises dès qu’il me voit prendre le matériel.
Ce n’est que lorsque le gardien adapte l’ordre d’arrivée des éléments que le chien peut changer sa vision des choses. C'est une condition sine qua none, mais insuffisante.
Parfois, les besoins du chien entrent en collision avec les limites de l’humain. Quand le bichon de Claudette est paniqué par la douche mais qu’elle tient à laver Marley toutes les semaines parce qu’il dort dans son lit, on ne peut pas avancer. Quand le teckel de Richard aurait besoin d’aborder le travail sur les piqûres selon un plan très graduel au timing essentiel, avec éventuellement des apprentissages préalables, comme en soins coopératifs, mais que Richard n’arrive pas à tout synchroniser, c’est difficile de progresser.
Évidemment, l’éducateur.trice veut aussi trouver la solution qui sera la plus simple pour tout le monde. Le contraire ne serait dans l’intérêt de personne. Mais il arrive qu’on se heurte au mur de la réalité.
Loin de moi l’idée de mettre l’entraînement aux soins sur un piédestal par rapport aux autres domaines d’apprentissage canin. L’enseignement n’est pas plus « noble » parce qu’il n’est pas aisé. Avec cet écrit, j’avais surtout envie de mettre en lumière différentes facettes de ce travail très complet et que l’humain néglige encore souvent, croyant que si le chien se « laisse faire », c’est qu’il est d’accord ou qu’il n’y a pas de problème, en tout cas.
S’il n’est pas toujours évident et peut demander beaucoup d’implication (et de patience !) au gardien, le medical training a aussi des vertus qui vont au-delà de la réussite du défi qu’on se propose :
➥ Augmente la confiance canine : les sentiments du chien ainsi que ses réactions sont pris en compte ; il est écouté, il a du contrôle et souvent du choix, donc sa « parole » et ses émotions ont de la valeur = il ose plus facilement communiquer, poser ses limites mais devient dans le même temps plus adaptable et résilient.
➥ Augmente la confiance dans l’entraîneur : comme il est à l’écoute et s’adapte, lui aussi, il mérite qu’on lui fasse confiance. Le lien est ainsi renforcé entre les participants.
➥ Empêche la protection de ressources de s’installer (dans certaines configurations) : nourriture et manipulations sont liées de façon non dérangeantes.
➥ Améliore les auto-contrôles sur la nourriture : en dehors des méthodes de distraction, le chien obtient des récompenses sur des comportements de coopération calme. Le chien apprend à avoir un rapport détendu à un bol de friandises qui pourrait lui être accessible.
➥ Renforce le calme et la réflexion avant d’agir : Toutou ne doit pas proposer dix mille comportements à la minute pour déclencher la récompense ; c’est le fait de ne rien faire (ou presque rien) qui est payant.
Enfin, ce type d’entraînement amène une véritable dépense mentale, particulièrement utile chez le chiot et le chien âgé dont les activités sont limitées, chez l’adulte en grande demande ou en cas de météo incompatibles avec d’autres formes de dépenses. Ce serait dommage de s’en priver, non ?
Margot Brousse ~ Freed Dogs
Publié en août 2026
