La laisse, cet outil parfois obligatoire,
souvent pratique,
la plupart du temps problématique

     Elle ne fait pas débat ; elle semble avoir été acceptée et faire consensus. Elle est même obligatoire en certains lieux. Qui prendrait un chien sans acheter une laisse et un collier au préalable ? Très égocentriquement, je vous dirai... moi ! Ce n'est pas pour rien que l'entreprise s'appelle  freeDogs (chiens libérés) et que le logo a manqué de peu de faire figurer un humain jetant une laisse à la poubelle devant un chien en posture d'appel au jeu. J'allais écrire « oui, je suis un peu fâchée avec la laisse... », mais c'est inexact. Pour être fâchée avec, il faudrait déjà l'utiliser ^^ Cet article, par lequel il me semblait évident de commencer officiellement la série, parce qu'il reflète toute la philosophie de l'entreprise, cherchera à montrer pourquoi il est intéressant de se passer de cet objet et comment le faire.

      Je dis « s'en passer », mais bien sûr, j'ai conscience que la laisse est parfois un passage obligé. Quand vous vivez en pleine campagne et n'en sortez pas votre animal, pas de problème, mais dès que vous entrez dans une communauté plus agglomérée, notamment dans la plupart des villes, la laisse s'impose. De ce fait, mon objectif ne sera pas de vous faire renoncer totalement à l'usage de cette alliée souvent ennemie, mais de le raisonner.

 

     Je pars de ce principe tout simple et que j'ai souvent eu l'occasion de vérifier : la laisse nuit à la relation homme-chien, voire à la relation entre chiens (intraspécifique). Vous avez tous en tête cette image de personne âgée dont le petit chien tire comme un forcené en aboyant telle une furie dès qu'il croise un congénère. Souvent, son ou sa propriétaire le houspille en resserrant sa prise. Ce petit chien, en l'occurrence, n'a certainement jamais connu une promenade sans laisse ni eu l'occasion de s'approcher d'un autre chien depuis qu'il a quitté son élevage et là est la source de son problème – et du problème de son humain, de fait. La laisse, c'est aussi la mort du véritable lien au maître car elle signe trop souvent l'arrêt de la communication avec son animal. Si votre chien est en laisse, quand vous voulez vous arrêter, avant de traverser ou pour discuter avec quelqu'un, vous le faites, sans prévenir la plupart du temps, et la tension indique au chien qu'il doit faire de même. Quand vous jugez qu'il est temps de repartir, vous le faites, toujours sans rien dire, parce que la laisse va de fait entraîner le chien derrière vous. De même, quand vous en avez assez que votre compagnon renifle une odeur, vous repartez et il est obligé de suivre, la laisse l'y contraint. Observez autour de vous et constatez ; on voit ces scènes partout, tous les jours.

     Mais analysons encore un peu plus notre usage de cet outil : votre chiot arrive chez vous et dès la première sortie, vous vous empressez de lui mettre collier et laisse, puisque c'est la norme – vous n'auriez pas pensé faire autrement – ou parce que vous craigniez pour sa sécurité : on ne sait jamais, s'il s'éloignait, si vous le perdiez ou, pire, se faisait renverser... Pour peu que vous le sortiez d'un élevage qui s'occupe peu de socialiser ses chiots et de leur donner des bases pour leur vie future, il n'aura jamais connu cet attirail et ne sera pas du tout à l'aise. S'il a de la chance, vous saurez qu'il faut l'attirer avec des friandises le temps qu'il s'y habitue mais si vous n'avez pas été sensibilisé à la méthode positive, vous tirerez sur la laisse, et donc sur le collier ou harnais, pour le faire avancer. Même si cela est fait en douceur et ne lui fait pas mal, il commence sa vie en ayant une mauvaise expérience avec cet objet et celle-ci pourra durer plusieurs promenades.

     Plus tard, votre chien aura compris que la laisse rime avec sortie et sera plutôt content de la voir. Comme il ne craindra plus son « nouvel » environnement de balade – depuis le temps qu'il le côtoie – ce sera à lui de vous tracter gaiement pendant la promenade. Si c'est un petit chien, peut-être qu'on le laissera faire mais s'il est plus grand et fort, il y a des chances pour qu'il subisse des remontrances (vocales ou physiques) qui, bien souvent, sont inutiles parce que l'animal est trop excité par sa seule sortie quotidienne, voire hebdomadaire...

     Pour résumer, au début de la vie du chiot, l'homme tire sur ce lien étrange puis c'est au tour du chien de tracter et donc au maître de renchérir en punissant son compagnon, même si ce n'est que de la voix. Le chien a donc dès le départ puis en grandissant un assez mauvais rapport à la laisse, or, qui est au bout ? Vous, a priori, son humain, son être d'attachement. Et donc c'est votre relation avec lui que vous mettez à mal en appliquant ce schéma.

     (Futurs) Propriétaires de chiots, voilà comment l'éviter :

  • profitez des toutes premières sorties communes pour promener votre bout de chien sans laisse ! Eh oui, à cet âge, contrairement à ce qu'on imagine, il n'y a pas de risque de perdre le chiot. Le petit poilu, tout bousculé qu'il est d'avoir quitté sa maison, sa mère et sa fratrie, n'a plus que vous à qui se fier et comme point de repère, alors il vous suivra de près, tout naturellement. C'est une période merveilleuse pour tous les apprentissages mais surtout pour ceux concernant les bonnes attitudes en balade. Faites-lui confiance, déstressez-vous et emmenez votre nouveau compagnon dans un lieu sécurisé (bois, grands parcs etc.). Ce sera d'ailleurs le meilleur moment pour lui apprendre le rappel – car on n'apprend pas à un chien à revenir sans jamais l'avoir lâché...

  • Vous devez parallèlement lui apprendre à accepter la laisse, bien sûr, mais pas en promenade. Faites-lui porter son attirail à la maison pour manger, jouer avec vous, au cours d'une séance câlin ou d'éducation positive ; il associera ainsi ces nouveaux objets à des événements plaisants. Sous peu, vous pourrez vous saisir de la laisse et motiver votre chiot à vous suivre avec des friandises, toujours à l'intérieur. On essaiera ensuite dans le jardin puis en milieux extérieurs, sur de courtes séquences et quand l'animal se sera défoulé.

    En procédant ainsi, vous n'apprenez pas à votre chien que la laisse est un outil désagréable mais nécessaire aux sorties, mais bien qu'elle est liée à un exercice de concentration sur vous qui est profitable puisqu'il est récompensé.

 

     Le fait est que plus vous mettez la laisse et contraignez votre ami à quatre pattes à rester près de vous, à votre rythme – qui n'est pas du tout le sien –, plus vous l'inciterez à tirer et, plus grave encore, moins vous le motiverez à revenir vers vous le peu de fois où vous oserez le lâcher dans la nature. Sur ce point, les canidés sont comme les enfants : ce qui est rare est intéressant, donc s'ils ont trop peu l'occasion de se balader librement, s'arrêtant à leur guise pour renifler, vous dépassant en courant pour s'amuser, flairant autre chose le temps que vous reveniez à son niveau etc., ils seront difficiles à tenir en laisse et à récupérer une fois libérés.

     Il n'y a pas de miracle, la clé d'un bon rapport à la laisse, c'est un bon rapport à l'humain et suffisamment de liberté d'être un vrai chien et d'explorer. Si vous ne forcez pas votre animal à marcher à votre pied à chaque sortie, il sera naturellement enclin à rester relativement près de vous, ou en tout cas à faire attention à vous et à vos demandes en balade. Plus vous multiplierez les promenades en liberté, moins votre chien sera excité en étant lâché, hypersensible face aux offrandes de l'environnement : plus de courses folles autour de vous alors que vous rappelez, plus de chien qui profite de votre inattention pour courir les bois, plus de chien ultra-sensible à l'approche d'un congénère également ! Pour jouer ou se bagarrer, d'ailleurs. Car, comme pour la liberté, si l'accès aux autres chiens est le plus souvent possible, s'ils savent qu'ils ont le droit de se saluer voire de jouer ensemble de temps en temps, ils auront moins tendance à rechercher du contact avec chaque chien que vous croiserez. Les miennes se fichent complètement de ceux que nous croisons et qui les agressent ; elles ne les regardent même pas, même s'ils passent à quelques mètres. Certains, plus sympathiques dans leur attitude, les attirent ; ils se flairent tranquillement et comme je continue à marcher sans les attendre, elles emboîtent le pas une fois les salutations faites, sans avoir besoin d'être rappelées. Et c'est sacrément agréable...

    Pour rebondir sur cette anecdote, je vous conseillerais également d'apprendre à vous taire en promenade. Attention, je critiquais en amont le fait de ne pas communiquer les informations essentielles et de se servir de la laisse pour faire passer des messages comme « attend » ou « on y va ». Je maintiens. Mais la plupart du temps, les humains qui lâchent leur chien sont en revanche constamment après eux ! (ah, dur, dur de trouver le juste milieu, le travail d'une vie ^^) : ils les rappellent dès qu'ils s'éloignent de quelques mètres en avant ou dès qu'ils traînent derrière, dès qu'ils vont croiser un autre chien ; nous râlons aussi parce que notre chien grogne sur un autre, parce qu'il ne revient pas assez vite, parce qu'il se roule là où il ne faut pas et ainsi de suite. Nous trouvons TOUJOURS à redire, nous sommes sans cesse en train de les surveiller, de les empêcher de faire tout et n'importe quoi. S'il vous plaît, prenez quelques secondes pour vous mettre à leur place : vous dormez environ huit heures par jour, vous êtes absents sept à douze heures si vous travaillez et le temps restant, vous ne le consacrez pas qu'à votre animal, évidemment. Cela représente énormément d'inactivité et de contraintes pour votre chien. Le plus souvent, nos bêtes s'y plient pourtant ; elles s'adaptent, autant que possible, et nous mesurons peu la chance que nous avons. La balade, c'est LEUR moment, le temps fort de leur journée. Alors je vous en prie, essayez d'y penser et laissez-les vivre le temps de leur sortie. Ils ont le droit de s'arrêter sentir régulièrement ; c'est même un besoin essentiel. Ils ont donc le droit d'être à la traîne ou cent mètres devant sans que vous les rappeliez à tout bout de champ (justement, moins vous allez leur parler quand ils sont en liberté, plus ils seront forcés de faire attention ce que vous faites, où vous êtes, pour ne pas vous perdre). Ils ont aussi le droit de patauger dans les flaques, de se rouler dans les feuilles ; tant pis, vous les brosserez, vous les passerez sous la douche. Et surtout ils ont le droit de rencontrer leurs congénères, de les renifler de la tête aux pattes et de jouer avec ! Le contact social aussi est un besoin. N'hésitez pas à vous inscrire sur le net pour faire des balades avec d'autres propriétaires de chiens, si vous n'en croisez jamais ou si ceux que vous rencontrez sont devenus asociaux du fait d'être privés durablement de contacts intraspécifiques...

 

    Bon, nous nous sommes un peu éloignés du sujet « laisse », même si tout est corrélé. Nous avons vu pourquoi il est intéressant d'apprendre à faire sans, comment s'y prendre avec des chiots, mais pour les adultes, alors ? Ceux qui n'ont jamais été lâchés ?

     Chacun pourra travailler un meilleur rapport à la laisse, pour commencer, selon la méthode indiquée plus haut. Armez-vous de friandises appétentes et c'est parti ! Ensuite, si votre chien est très collé à vous, un peu anxieux, vous pouvez dans le même temps commencer les balades sans laisse, dans des lieux sécurisés. C'est à vous de vous détendre pour qu'il soit à l'aise et vous suive, explore. Si votre chien est plus aventureux, munissez-vous d'une longe d'au moins quinze mètres, plutôt fine, et fixez la au collier/harnais. Attention, vous ne devez pas tenir cette longe et vous en servir de laisse, elle est simplement là pour que vous puissiez aisément rattraper votre chien si vous avez besoin de le contrôler (croisements d'enfants, de chevaux, d'un autre chien peu commode – ou qui a un maître peu commode), mais la plupart du temps, elle doit rester au sol. Privilégiez pour vos sorties des endroits totalement inconnus de votre animal, il sera plus réceptif et vous surveillera un peu plus. Emmenez avec vous des récompenses de grande valeur (jambon, fromage, saucisses etc.) pour le félicitez quand il s'approche de lui-même et motiver ses retours. A force de promenades libératoires pour votre compagnon, vous le verrez changer : il sera plus tranquille chez vous, plus à l'écoute en balade. A vous de les entraîner dans ce cercle vertueux...

     Enfin, pour les personnes qui vivent en ville et sont tenues d'attacher leur chien, essayez de trouver un autre endroit où vous pourrez libérer votre animal au moins une fois par semaine. Il est important que nos chiens de ville puissent tout de même avoir une vie décente. Le reste du temps, faites des sorties fréquentes, aussi longues que vous pouvez, tout en laissant au chien le temps de flairer ce qui l'intéresse, même s'il est frustrant pour l'humain de s'arrêter tous les cinq mètres – nous aussi, nous pouvons et devons faire des efforts pour leur bien-être. Préférez une petite longe de deux ou trois mètres ou un enrouleur pour les petits chiens, de façon à ce qu'ils aient un peu de champ d'action, malgré les contraintes de la ville.

 

     Je terminerai en prônant qu'aucun chien n'est plus attaché à son maître que celui qui a la possibilité de le quitter ;)

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