Les limites de l'obéissance

en images

Note d’avant propos :

     Cette vidéo n’est en aucun cas une démonstration, un faire-valoir (au contraire) ; elle n’est pas représentative de la manière dont nous cherchons à présent à faire évoluer ce chien dans la gestion de sa problématique. Elle sert avant tout à illustrer le sujet de l'article.

Sur cette vidéo, qu’est-ce qu’on observe ?

     Pampero, jack russell de 4 ans, semble en exploration près d’un plan d’eau. Rapidement, il regarde dans la direction de l’humain, plusieurs fois. Il se détourne finalement et met les antérieurs dans l’eau. Il lui faut seulement quelques secondes pour se mettre à jouer dedans, sans faire de bruit. Il est rappelé alors qu’il joue depuis deux ou trois secondes et sort de l’étang sans difficulté apparente. Quand il est félicité à la voix, il se met à couiner et propose une sorte de « au pied » en regardant alternativement vers l’humain et vers le plan d’eau. Quand je me penche pour me mettre à son niveau et le caresser, Pampero s’éloigne vers l’eau. Sans qu’on ne lui dise rien, il revient vers l’humain, toujours en couinant. Il décide de repartir, sans faire demi-tour de lui-même cette fois. Je rappelle, avec une voix insistante et plusieurs demandes sont formulées avant que Pampero ne revienne, en pleurant toujours. Une fois revenu, sur un « okay », il file vers l’eau et fait un aller-retour rapide le long de la rive.

     A une minute, une demande plus précise est formulée (« ta place »). Le chien sait qu’il faut se mettre au pied à gauche, mais il ne parvient pas à se placer correctement. Il gémit, tourne, se secoue. Il en vient à japper. Quand il réussit (à peu près) son exercice, il est vocalement libéré et il file vers l’eau à nouveau. Il recommence à courir au bord mais trouve vite un point où s’arrêter. Quasi immédiatement, il grogne dans l’eau et est rappelé. Il est tout de suite réceptif. Il reste cependant toujours bien en face de l’étang. Il n’est pas renvoyé immédiatement et jappe, au pied. Quand on lui demande de se coucher, il s’exécute mais se relève de suite. Ses cordes vocales vibrent en permanence maintenant. Le deuxième « couché » demandé est obéi aussi et Pampero est libéré. Il refait le même manège sur la rive. Je m’éloigne ; il y prête attention et suit. Il est félicité. Il repasse devant et semble à nouveau chercher un point d’accès.

     Si la vidéo avait continué, on aurait pu voir un petit chien allant et venant pour trouver comment retourner à l’eau. A la fin de l’étang, on l’aurait vu très partagé entre le fait de rester près de l’eau et de suivre le groupe. Cette fois là, il aura d’ailleurs fallu le rappeler pour qu’il n’aille pas dans un pré, là où la berge permet facilement d’entrer dans l’eau.

 

Informations complémentaires à partir de l’historique des apprentissages de Pampero :

  • Le jack me regarde beaucoup, près de l’eau, car on lui a appris à demander l’autorisation pour obtenir l’accès à l’eau. Quand il n’est pas trop haut en excitation, il y parvient très bien.

  • Son rappel est aussi très efficace, s’il n’est pas resté très longtemps en contact avec l'eau.

  • Là où les choses se compliquent, c’est que Pampero a bien appris et compris « je reviens et je peux y retourner » (phase beaucoup renforcée par son humaine) ; or, quand on sort de ce schéma en le faisant patienter (ou en lui demandant quelque chose de plus), il se frustre de suite – d’où les couinements qui deviennent jappements - et il peut devenir brouillon, voire carrément décider de « se libérer » tout seul de l’exercice.

  • Plus l’excitation est forte, plus il vocalise et s’agite. C’est valable quand il doit écouter une consigne mais aussi quand il retourne à l’eau.

  • Pampero a tendance à suivre l’humain en mouvement tant qu’il y a de l’eau à disposition sur un côté. Dans le cas contraire, il peut décider de rester au point d’eau.

 

Quelles interprétations pour cette vidéo ?

     Ces images, on peut les regarder et en tirer des conclusions diamétralement opposées.

« Ce petit chien dynamique adore l’eau ; malgré un apprentissage visible de demande d’autorisation pour jouer avec (les regards avant d’y aller), l’idée de barboter le fait couiner d’impatience tellement il aime créer des éclaboussures. Malgré son excitation, il est très obéissant. Même quand son envie d’aller à l’eau est très forte, il est capable de prendre sur lui, de revenir et de patienter jusqu’à libération de l’humain. Il peut se laisser brièvement emporter, être peu précis pour effectuer les commandes, mais il reste toujours sous les ordres de l’humain. Un gros travail de contrôle du chien a été fait, quand on voit à quel point l’eau le rend fou de joie. Quelle belle réussite éducative sur un petit chien si nerveux ! ».

VS

« A mesure que la vidéo avance, on observe que plus Pampero travaille (et a accès à l’eau), plus il monte en pression (couinements, pertes d’écoute, approximations, mouvements rapides et désordonnés). « Jouer » avec l’eau lui fait perdre le contrôle de lui-même ; l’idée de devoir attendre pour jouer, encore plus. Son émotionnel est anormalement intense face à ce stimulus et il a besoin de répétitions de demandes (simples et maîtrisées dans d’autres contextes) et de haussements de ton pour écouter malgré son envie - qui est plus une addiction qu’une envie, à ce stade. L’humain contrôle ce chien qui est en stress et qui, lui, est complètement débordé par la situation. Plus l’entraînement perdure, plus Pampero est en difficulté car excitation et stress s’alimentent l’un l’autre, tant dans les phases d’accès à l’eau que dans les demandes de retour et d’attente. Bref, c’est quoi ce travail en carton-pâte !? »

 

     La personne qui tiendrait le premier discours ne verrait que l’éducation sous le prisme de l’obéissance du chien. Pampero écoute, donc il est bien éduqué. Il est même super bien éduqué car il est reste obéissant, même confronté à une grosse source d’excitation.

     Celle qui avancerait le second propos se rendrait compte que ce chien, même s’il est capable d’écouter car il a appris à le faire pour avoir ce qu’il désire (aller à l’eau), est mal à l’aise dans ce travail. Que cette manière de lui apprendre à renoncer le met dans un état qui n’est pas souhaitable, car le stress ressenti est beaucoup trop important pour qu’on parvienne à aller plus loin dans la rééducation de Pampero face à son problème.

 

 

Pourquoi et comment éviter le travail d'obéissance

      La vérité, c’est que Pampero n’est pas sortable de l’eau sans longe s’il y gratte depuis plus de quelques secondes. Je l’ai vu faire des cercles en « nageant », les pattes avants cherchant le dessus de l’eau pour créer les éclaboussures, totalement hermétique au rappel (et à tout le reste), complètement dans sa bulle. Avec son humaine, on a fait le test de le laisser dans une grosse flaque sur un terrain inconnu de 14ha clôturé. Au bout de 45min, Pampero était encore en train d’aboyer sur les vagues d’eau  boueuse qu’il créait… Il s’était même mis à gratter dans sa gamelle d’eau, un temps.

 

      Pour que les balades ne soient pas un stress permanent, nous avons commencé à travailler de cette façon. L’idée de départ, c’était de donner une raison à Pampero de demander l’autorisation (pour sa sécurité) et de rester réceptif au rappel, avec l’accès à l’eau comme récompense (quand la longe avait pu être récupérée, par exemple). En fait, à ce moment-là, je ne voyais pas le souci de Pampero comme une addiction, juste un domaine de plus dans lequel il perdait pied (car les jouets sont aussi source d’une grosse excitabilité). Je pensais donc qu’en cadrant les accès, en félicitant ses interrogations par des envois à l’eau et ses retours par d’autres envois, Pampero allait mieux se gérer par lui-même. Mais non, puisque chaque retour à l'eau a continué de faire monter l’excitation et de rendre de plus en plus difficile la réflexion du jack. Finalement, chaque accès a nourri le problème.

      Comme vu plus haut, j’avais donné à son être d’attachement plus de contrôle pour gérer Pampero, car la rencontre avec le stimulus problématique pouvait survenir en énormément d’endroits. Mais Pampero n’a jamais vraiment appris à se gérer, lui. L’eau reste pour lui un Graal assez malsain et il a besoin d’un travail qui ne générera pas d’émotions si fortes.

      Quand on a un chien très émotionné par un ou plusieurs stimuli, la désensibilisation doit venir en premier lieu - ou arriver rapidement après le contrôle humain (s’il est nécessaire).

      Ici, pour réellement détendre Pampero face à l’eau, il faudrait mettre en place une série d’éléments au quotidien, lesquels serviraient d’outils pour traiter son addiction. On pourrait par exemple penser au renforcement du calme de façon générale et à un apprentissage de zone de détente, entre autres. Et, en partant du principe que chaque « jeu » dans l’eau allume Pampero et le « shoote » (en tout cas le renforce dans sa recherche d’eau sous toutes ses formes), l’accès à l’eau ne devrait plus être possible pendant plusieurs mois. Cela implique de gérer l’environnement, de choisir des lieux de balade où il n’y a ni cours d’eau, ni flaques importantes, le temps de réhabiliter Pampero à avoir un comportement plus neutre face à son déclencheur. Comme on le ferait avec un individu réactif à ses congénères.

      Car, oui, Pampero est réactif à l’eau. La réactivité n’est pas l’agressivité ; la réactivité se résume en une réaction démesurée face à stimulus, quel qu’il soit.

 

      L’obéissance ne peut rien face à une telle intensité. Ou plutôt, si elle fonctionne, c’est que le chien craint l’humain plus qu’il n’est excité par le stimulus. Cela implique qu’on sorte du cadre d’une éducation bienveillante. De toute façon, il y a peu de bienveillance à vouloir résoudre ce genre de problème par l’obéissance, car le chien, en travail, entre et reste dans un émotionnel vraiment très haut, ce qui ne solutionne en rien le vrai problème : l’émotion que le chien ressent face au stimulus, ici l’eau.

      Une fois de plus, un exemple me sert de prétexte à montrer à quel point le travail sur l’émotionnel canin devrait être au centre de toute (ré)éducation. Peut-être que l’entraînement de son humaine n’est pas parfait, mais Pampero travaille depuis deux ans selon le principe « tu te connectes et tu pourras avoir ce que tu veux » et il reste bloqué à ce stade « j’obéis même si c’est très dur car ça vaut le coup… jusqu’au moment où ce n’est plus possible car mon cerveau a vrillé ». Tout simplement car il est beaucoup trop intense pour que l’obéissance soit une planche de salut.

 

       S'il faut retenir quelques lignes à partir de ces images...

      Comme fondation éducative, l’obéissance a de grandes chances de ne pas être respectueuse des capacités propres à chaque individu.

      Aucune obéissance n’est viable en tout temps et en tout lieu sur un chien qui ne se gère pas essentiellement lui-même. Sauf (parfois) à faire preuve à son égard de violence psychologique ou physique.

       Travaillons sur le calme, la réflexion et la stabilité avant tout !